C’est en remontant la rue au couchant qu’il la croise. À l’heure où les magasins dressent leurs rideaux de fer et où les passants pressent le pas. Depuis la montée des sables, la nuit se fait plus vorace, le noir plus épais. Partout, les ombres se tendent à la recherche d’un ultime appui. Les bruits eux-mêmes commencent à lâcher prise.
Il regarde sa montre en hochant la tête. Encore quelques poignées de secondes perdues. Du temps est passé, escamoté sans aucun soubresaut. Il résiste à l’envie de traverser la rue pour prévenir la belle de cet écart. Le risque est palpable. Le sol a perdu de sa puissance et il entend crisser ses arêtes métalliques à fleur de bitume. Ses mains sont moites. L’incertitude lui fait peur. Il s’était pourtant promis de faire le premier pas. Il a trop attendu. Hier à cette heure-là, il y avait encore un passage. Il pense trop à ce qui était possible avant. Il a l’impression que son esprit fonctionne à reculons. Heureusement, elle semble avoir perçu le décalage et se hâte plus qu’à l’habitude. Peut-être est-elle un peu plus pâle. Un peu plus légère et transparente aussi. Sa robe est bordée d’un blanc instable. Il se dit que l’hiver est en avance. Elle devrait faire plus attention. Le bruit court que la ville va s’enliser. On dit aussi que du vent est annoncé et que la lune brillerait encore derrière le ciel.
Il lève les yeux vers la masse sombre. Il ne saurait dire de quoi il retourne.
Il pense un instant à une improbable lumière puis s’assoupit sans plus faire attention à rien.
Demain, il verra bien.