À propos du recueil de nouvelles de Jacqueline Dewerdt-Ogil
"Est-ce que les enfants jouent pendant les guerres"
chez Zonaires éditions
par Marité Jacquet, auteure
Donner son avis sur un recueil de nouvelles est une gageure. Composer un recueil de nouvelles en est une bien plus audacieuse.
Écrire une nouvelle c’est enfourcher un cheval bonasse, le mettre au trot puis au galop en lui murmurant à l’oreille : tout beau mon vieux, on tient la piste, mais on ne s’emballe pas. La fin viendra sans mort d’auteur ni de canasson.
Certes il y aura des obstacles, des trépignements, des retours juste pour apprécier le chemin parcouru. Si l’auteure connaît l’itinéraire, elle feint d’ignorer l’issue du voyage… pour se faire une surprise. C’est sa récompense.
Un cadeau qu’elle nous fait, en toute complicité...
Chouette alors ! Où allons-nous aboutir après 3, 4, 5 pages ?
Une molle étendue de sable, un abîme, un mouroir et pire ?
Les nouvelles de Jacqueline Dewerdt-Ogil nous dispensent des ficelles et autres manigances qui incitent à refermer un bouquin à la deuxième page.
Ses textes sont polis aux deux sens du terme. Habile magicienne un peu clown, l’auteure nous entraîne de rêveries en surprises. Ses histoires m’ébouriffent
l’imaginaire, titillent mes grammaires. Jacqueline me bluffe à en demeurer stupide, interloquée. Ah ! Cet art de la phrase tranquille que viole de suite le coup de bélier. Et toc ! Jacqueline ne fait ni tapisserie ni tricot. Son écriture est virile au sens de vigoureuse. Sensibilité pas de sensiblerie. Pas de psychologie
à deux balles.
Mme Dewerdt-Ogil est une auteure contemporaine. Ses textes sont des « installations » réjouissantes. La langue s’y débrouille, pulsée, rythmée sans jamais s’alourdir ou s’embrouiller. Elle élague, jette les inutilités, trouve la beauté qui est simple, évidente.
Les thèmes sont souvent des histoires de familles, solitudes, deuils impossibles, vies en jachère, inabouties, cruautés ordinaires au point qu’on ne les perçoit plus. Cette vie grinçante et folle que Jacqueline Dewerdt-Ogil repère sans grands tralalas. Au lecteur les frais de l’intelligence.
Oui, la vie est chienne (Vita Brevis), oui les êtres sont insondables (Alice sous l’averse). Mais il y a aussi des mystères (Le Miracle).
L’art de la nouvelle, selon moi, c’est écrire peu pour dire tout. C’est l’art poétique. Jacqueline D-O. y excelle.
À lire à petits pas, à savourer sans modération. Revenir, repartir, s’étonner d’un mot, d’une rupture. Enfin prendre plaisir.
Recommandez ce livre à vos amis gourmets de beaux textes. Noël est proche
* * *
par Martine Galati, journaliste et animatrice d’une librairie associative ambulante
Encore un coup de cœur, allez-vous me dire? Eh bien, oui, j’avoue et je l’assume complètement. Ce recueil de vingt nouvelles que Jacqueline Dewerdt-Ogil vient de publier chez Zonaires Editions est une petite merveille du genre.
Le style est fluide, net, sans fioritures, percutant et va droit au but. Et cela, dès la première nouvelle, celle qui donne son titre au recueil et qui, elle-même, est tout cela à la fois et bien davantage.
Dans l’interview qu’elle a eu la gentillesse de m’accorder, Jacqueline Dewerdt-Ogil parle de ses nouvelles comme autant « de personnes qui partent tout en conservant un regard tourné vers le passé, dans un sens allant donc du présent vers le passé ». Certes il est question de ce regard porté sur avant dans plusieurs de ces nouvelles. Mais pas dans toutes et je ne peux donc être totalement d’accord avec l’auteur.
Si cette affirmation se révèle vraie dans la nouvelle éponyme qui nous parle d’un retour au pays après la guerre et de recherches d’identité, de racines permettant de se construire, elle l’est beaucoup moins dans « Vita brevis » où le passé par la simple évocation d’une mère disparue mais encore omniprésente occupe toute la place et n’en laisse aucune au présent.
Même ressenti pour « Virtuelle randonnée » qui retrace une rencontre éphémère, aboutissement logique d’une longue correspondance virtuelle, bien ancrée dans notre aujourd’hui et « Brève rencontre » où le hasard d’une discussion inattendue permet de prendre conscience de la place accordée à une situation d’autrefois qui n’a plus lieu d’être à présent.
Là où je suis d’accord avec l’auteur, c’est quand elle nous dit que ces nouvelles relatent des situations inabouties ou mal digérées ou niées. C’est effectivement le cas à de nombreuses occasions et c’est peut-être ce qui m’a le plus émue dans ces textes aussi divers que variés. Des personnes de tous horizons sociaux, culturels, professionnels ressentent les mêmes émotions, connaissent les mêmes sentiments remettant ainsi, d’un coup, chaque chose à sa place. Le bien, le mal, le blanc, le noir, le gris de la vie frappent à égale distance, que l’on soit riche ou pauvre, bien dans sa peau ou hésitant. Toutes ces émotions, tous ces sentiments, chacun est à même un jour ou l’autre de les ressentir, de les exprimer. Et c’est ce qui fait la force de ce recueil, ce côté équilibré, d’égalité qu’on a un peu (beaucoup?) tendance à oublier lorsque l’on est confronté à une certaine « injustice » et qui se dit ici librement et fort justement.
Une belle écriture qui claque, concise, directe et franche. Voilà ce que nous offre Jacqueline Dewerdt-Ogil. Voilà ce que j’ai apprécié dans ce beau recueil et qui me fait porter cette lecture au rang de « coup de cœur »!
La palme revenant très certainement à la nouvelle « Le vase bleu » bref échange de lettres entre un frère et sa sœur qui, comme qui dirait, sent vraiment le vécu!
De la belle ouvrage, oui!