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    Qu’emporter pour la fin du monde ?

    Sophie Etienbled

     

     

    - D’accord les Mayas se sont trompés, concéda Sam, mais c’est reculer pour mieux sauter. Il ne faut pas se faire d’illusion, un jour ou l’autre, la fin du monde va nous tomber sur le bout du nez. Alors autant se préparer. Moi, mon deuxième prénom, c’est Noé. Ouais, mes parents n’aimaient que les prénoms à trois lettres. Les trucs courts, comme pour les chiens. J’aurais tout aussi bien pu m’appeler Tom ou Max. Pas Ed, deux lettres, là ce n’était pas assez, ça aurait fait négligé. Si j’avais été une fille, c’était Sue ou Ava. Bref, c’est un signe, Noé, c’est le gars qui avait rassemblé sur son arche tout ce qui selon lui méritait de survivre pour refaire un monde. Alors, je me suis dit : pourquoi je ne serais pas le Noé du troisième millénaire ? Comme vous êtes mes potes, je vous propose de partager l’aventure : J’achète une péniche et je m’occupe du matériel, tout ce qu’il nous faut pour tenir à dix, six adultes, deux adolescents et deux enfants, quarante jours et quarante nuits.

    - Deux couples et deux célibataires mâles, quatre mômes, j’espère qu’il y aura d’autres rescapés car ça va pas être facile de repeupler le monde à la vitesse grand V, surtout qu’Ernest et Paul sont jaloux comme des tigres, rigola Arthur.

    - À la guerre comme à la guerre, dans le monde animal, le mâle dominant chasse les prétendants plus faibles, essaie d’approcher de Mélanie, répondit Ernest en roulant des biceps.

    Sam reprit la parole :- Au lieu de faire les malins, commencez à réfléchir : qu’est-ce que vous emporteriez d’indispensable, ce dont vous ne pourriez vous passer, ou l’objet essentiel destiné à pérenniser notre civilisation ? Attention, comme la place est limitée, vous n’avez droit qu’à un choix !

    - Moi, je prends mon oreiller en plumes, parce qu’au moins je pioncerai tranquille en attendant le redoux, asséna Arthur.

    - Arthur, toujours aussi violent et positif, ironisa Mélanie.

    - Quarante jours sur un bateau, c’est vrai qu’il faudra s’occuper, renchérit Paul.

    - Un appareil de muscu, ce ne serait pas bête, non ? proposa Ernest.

    - Un puzzle de… mille pièces ? glissa la petite Fleur, fille de Paul et d’Alice, ou un jeu de cartes…

    - Je ne sais pas, un livre peut-être ? Un que je ne me lasserais pas de relire : « Voyage au bout de la nuit » de Céline…, suggéra Alice.

    - Drôle de choix, déjà qu’on aura le moral dans les chaussettes ! Moi, je verrais bien « A la recherche du temps perdu », je n’ai jamais pu le lire en entier, déclara Mélanie.

    - Autant prendre l’Encyclopédie en vingt volumes, histoire de pouvoir reconstituer tout ce qu’on aura perdu dans le naufrage ? hasarda Thomas, frère d’Estelle, du haut de ses dix ans studieux.

    - Ou « la Fin du monde pour les Nuls », s’esclaffa Arthur.

    - Si j’ai mon couteau suisse multi-usages, je suis paré pour toutes les situations, affirma Thomas.

    - Moi, en tout cas, je prends ma tablette, émit Kévin d’un ton sans appel.

    - L’ado dans toute sa splendeur, commenta Alice.

    - Ben, quoi ? grogna son fils sans s’arrêter de caresser son écran.

    - T’es trop relou, tu te connecteras à quoi puisque ce sera la fin du monde ? ricana Estelle, de deux ans son aînée. Y aura un miroir dans ton vaisseau, Sam-Noé ?

    - L’éternel féminin, souligna Paul. Moi, je pense à la musique, j’ai toujours rêvé de jouer d’un instrument. Si on est coincé quarante jours, ça peut être l’occasion. C’est quand même un incontournable de la civilisation, Bach, Beethoven, Chostakovitch…

    - Je préfère le rap, intervint Kévin sans lever les yeux.

    - Fais gaffe au choix de l’instrument, ce n’est pas extensible une péniche ; un piano, faut même pas y penser, fit remarquer Sam.

    - Et surtout pas de violon, gémit Mélanie, ou on va tous finir hystériques. Déjà que les gammes en boucle, c’est insupportable. Tu penseras aux boules Quies, Sam.

    - L’harmonica, peut-être ? J’adore « Il était une fois dans l’ouest » ! continuait Paul, rêveur.

    - Et puis, comme la fin du monde n’est pas encore programmée pour demain, si tu t’y mets tout de suite, on échappera peut-être au calvaire du débutant. Et ça va vous donner le temps de la réflexion, conclut Sam-Noé, parce que, permettez-moi de vous le dire, mais vous ne me semblez pas trop au point !


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    La veille de l’an 01

    Joël Hamm

      

     

      Colin terminait sa toilette en analysant mentalement le premier chapitre de l’Ecume des jours, gêné par les vaticinations de son frère Philippe, le monstre vert, qui gigotait dans sa panoplie d’extra terrestre.

       – Continue et je te fous par la fenêtre ! s’exclama Colin.

       Il pensa ensuite à Johnny. Le pauvre, tout vieux, tout cassé…

       – Demain dès l’aube, Victor Hugo descendra de son vaisseau spatial pour réveiller une très belle jeune fille endormie depuis longtemps, annonça Philippe.

       Colin interrompit sa toilette et ricana. Absurde pour absurde, il pouvait rivaliser avec son minable frangin. Le poète en herbe, comme on l’appelait dans la famille. Tu parles !

       – Est-ce que ton Victor saurait résoudre ce problème ? Un nénuphar, sur une mare, double sa surface tous les jours. Sachant qu’il occupe la moitié de la mare au 8ème jour…

       – Tu devrais plutôt finir ta rédaction sur le silence, mon pauv’Colin ! répondit Philippe, acerbe.

       – Pouet, pouet, poésie ! se moqua Colin en éclaboussant d’eau son frère qui commença à pleurnicher.

       – Je vais le dire à Marcus !

       – Il est pas là !

       – Il est dehors, il répare le toit.

       – Tu rêves, il est parti à Glasgow ou à Tokyo, dans ces coins là, je ne sais plus. Il ne rentrera que demain. Ou peut-être jamais… Allez, on fait la paix. On joue aux rimes. Il y en a quatre : enfant / faon / fou / loup... Tu inventes un poème.

      – Ça parle d’enfant, tu n’aimes pas les mômes…

      – C’est vrai. Je ne saque pas la marmaille, surtout les petits frères, ça me fout le spleeen de Paris !

       – Le spleen de… Je pige rien à tes conneries ! Autant me résumer la double énigme espagnole de la sierre mystérieuse, si tu veux m’embrouiller.

       –  Pas la sierre, la sierra ! Et la double énigme, c’est toi !

       – Double ?

       – Un, je me demande ce que tu fiches avec moi dans la salle de bain ; deux, je ne sais toujours pas pourquoi nos parents t’ont mis au monde ?

       – Sylvain Vasseur, il dit…

       – Quoi, Vasseur ?

       – Rien, il dit que t’es un salopard !

       – Il a dit aussi des choses affreuses d’Anne Frank, en cours d’histoire. Un insecte, ce type ! Sa connerie, c’est l’écume des jours. C’est un taré. Et il déteste Johnny !

       – C’est pirement imaginaire, ce que tu dis. Sylvain, il est sympa !

       – Purement, pas pirement ! Apprend à causer dans ta langue !

       – C’est mon plaisir à moi, d’inventer des mots. Un jour, je serai écrivain, mes nouvelles seront lues dans le monde entier. Court, efficace et génial, c’est ce que je serai !

       – Pour l’instant, t’es longuet, mongol et inefficace. Tu me les brises, je vais faire un tour. C’est un jour idéal pour profiter de la vie. T’as regardé la météo, tout à l’heure. Tu peux me dire comment est la mer aujourd’hui ?

       – Maman est partie faire des courses…

       – T’es vraiment un naze ! Ecrivain, il veut devenir écrivain ! Tiens un petit test.  C’est quoi, la 4ème de couverture ?

       – J’sais pas, c’est toujours maman qui fait mon lit.

       – Le petit chéri à sa môman… Tu crois que Baudelaire se faisait border par sa mère ? Arrête de piailler, t’es pas un goéland ! T’es qu’un pauvre piaf sans cervelle ! Sûrement pas un albatros sans aile…

       – Un albatros sans aile ?

       – Laisse tomber, c’est une figure de style. Parfaitement. Tiens, t’es pas un gosse, t’es qu’une théorie de mouflet, un schéma narratif, t’es même pas né !

       Maintenant, Philippe pleurait. Ça finissait toujours comme ça avec son frère Colin, ce jaloux, ce sadique.

       Colin le laissa à ses larmes et sortit sur le pas de la porte. La mer fouettait la digue. Il s’imagina voguant, solitaire sur une coquille de noix, loin de sa famille de martiens. Seul face aux éléments, il pourrait commencer une nouvelle vie, accomplir son destin d’homme et vieillir en paix, le temps que ça durerait. Le vieil homme et la mer, mariés pour l’éternité.

       Soudain, il se rendit compte qu’il devait balancer à l’eau le corps de ce salaud de Marcus avant que sa mère ou son ahuri de frère ne le découvre, étalé au bas de son échelle, derrière la remise. Cognera plus, ce pervers !

        Il fallait qu’il efface ses empreintes sur l’échelle, on ne sait jamais. Parfois, même les enfants sont soupçonnés.

       Ensuite, il pourrait réfléchir à  comment envoyer ses voeux à Johnny. Il n’avait pas son adresse et demain c’était le premier jour de la nouvelle année.

       L’an 01 après la fin du monde.

     


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    Au début...

    Jordy Grosborne

     

     

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…". Je laisse s'envoler un temps de silence pour être sûr de mon effet. C'est comme ça les formules, ça se respecte, ça s'encadre de petites virgules qui prennent de la hauteur pour rehausser les mots, ça se laisse suivre de petits cailloux pour montrer le chemin. Parfois, les mots s'évaporent dans les méandres de l'esprit, sans vraiment qu'on s'en rende compte, ça vient enrichir un subconscient, se lover entre deux voix, se cacher derrière un regard, ça s'agglomère à un souvenir et ça réapparait sans que l'on sache pourquoi. Un jour, une minute, une odeur, un son, tout et rien qui peuvent le rappeler, tout et rien qui construisent nos existences. Alors on lève les yeux vers un horizon ou on les tourne vers l'intérieur, on prend une grande inspiration, on libère l'air comme à l'heure d'un dernier soupir, pointe d'extase et on laisse les parfums enivrants du passé nous transporter vers des petits bouts d'avant. C'est du réconfort, du bien-être, l'impression d'être chez soi partout où cette phrase revient. L'enfance : ça devrait être ça l'opium du peuple. C'est peut-être du bonheur, tout simplement.

    D'autres fois, vous savez dès la première écoute que vous n'oublierez jamais ce qu'on vient de vous dire. Les voyelles vous claquent, les consonnes vous sonnent. Chaque lettre se grave dans votre esprit dès le premier son. Parce que c'était le jour, parce que c'était la personne, parce que c'était l'endroit, parce que c'était les trois, mais quoi qu'il en soit c'est une alchimie. L'évidence est là, la maxime ne vous quittera plus et elle vient heurter vos fondamentaux tel un percuteur de révolver s'abattant sur une mémoire barillet, où une nouvelle balle vient se loger.

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…" je susurre comme à l'oreille du vent. Il faut parfois varier le ton sur les mêmes termes pour en faire évoluer la saveur, tel un tableau qui se découvrira différemment chaque jour à votre regard selon la lumière qui le nimbera. C'est une formule magique qui à force d'être répétée transforme ce qui l'entoure. Et je la dis, la redis, la souffle, la respire. J'en détache chaque syllabe pour en faire des bouchées d'âme, des onguents pour cerveau fatigué. Je suis à chaque fois stupéfait de ce qu'une phrase constituée de mots quotidiens, anodins isolément, vous fait partir loin, vous raconte tout, vous résume, vous transporte, démultiplie votre concentration, rythme vos prises d'air, fait frissonner votre chair à l'expulsion profonde du souffle. C'est que ces mots sont vôtres, ils vous appartiennent à jamais, vous différencient. Cette phrase, c'est vous et votre histoire, la rencontre d'une bouche à une oreille, deux êtres qui se sont parlés, reconnus, une naissance de sens, essence de sens.

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…" dis-je gravement, comme si je me confessais, comme si ma vie en dépendait. Une vague d'émotion me saisit la gorge. C'est comme ça que mon grand-père commençait toujours son histoire, qu'il m'offrait le plus intime de sa vie. Le plus douloureux aussi, ce début dans un train bondé, surchauffé ou même des carcasses d'animaux morts pleureraient de honte sur ceux qui ferment les portes qui claquent sur des yeux qui s'épouvantent. Cette fin au-delà des limites du froid et de la honte, là où les corps s'appauvrissent au point de s'absorber eux-mêmes, où l'humanité s'ingère et où la tristesse s'écrit sans thème à la plume de corbeaux asthmatiques et tristes postés au rond des cheminées déchirant le ciel comme un majeur dressé.

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…" confiait-il à mes sept ans, mes douze ans, mes quinze ans, à tous mes printemps, à mes yeux, à mes sentiments, à la part suivante de lui qui allait devoir faire perdurer son histoire. Rappeler la décadence à la descendance. C'était sa formule à lui, c'est devenu ma formule à moi. Mon tapis volant vers ses yeux bleus délavés, sa voix grésillant comme un 78 tours sous l'aiguille du gramophone, sa casquette côtelée et son sourire… surtout son sourire.

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…". Mes yeux se ferment, cette phrase m'isole du monde extérieur, elle ne raconte rien, elle est juste là, présence indéfectible d'un vieil homme disparu, deux mains de grand-père sur mes épaules, dix doigts à la chaleureuse pression.

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…" je répète mécaniquement, psalmodiant, me drapant de cette armure pour me protéger du monde. Autour de moi, j'ai peur. Mais mon grand-père est revenu de sa fin du monde. Ses mots me protègeront aussi.

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…". C'était il y a plusieurs semaines, c'était la fin du monde, c'était vrai, c'était destructeur. Du ciment se mariant à la chair, des cris prenant les silences par les sentiments, l'eau se transformant en sang et moi, et mes tremblements, et mes pleurs, et mes yeux fermés, et mes bras enserrant ma cage thoracique, et mes jambes repliées et cette phrase, qui tourne, qui tourne, qui tourne. Aujourd'hui, personne ne m'écoute, je traine ma survivance dans les plaies du monde. Je dors au creux des cicatrices boursoufflées des bâtiments de naguère. Et je répète cette phrase pour rappeler mon passé, pour reprendre pied dans mon cerveau, ne pas sombrer, car mon grand-père ne l'aurait pas permis.

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…" dis-je à un auditoire invisible. Mon reflet est la seule chose qui me regarde, peut-être avec encore un peu d'humanité, dans le morceau de miroir fiché devant moi et qui ne me quitte plus. Mes yeux me regardent intensément et ils écoutent les mots magiques. Mon grand-père doit être caché quelque part par là. Il avait sans doute autre chose à me dire.

     

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…"

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…"

    "Au début, j'ai cru que c'était la fin…"

    "Il faut être debout pour marcher…


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    Remords radioactifs

    Vieufou

     

     

    Nous sommes les humains de l'avant-dernier âge
    Derniers colocataires de ce caillou si grand
    Qui n'a pu contenir la force des orages
    Jaillis en tourbillons de nos cerveaux déments

    Voici le bon vieux temps, celui qu'on attendait
    Voici venue la fin du siècle de la honte
    L'âge de la retraite pour notre race usée
    Rattrapée par ses rêves à la fin du décompte

    Quelques A 320 en pleine migration
    Déchirent en rugissant notre ciel carbonique
    Des baleines bourrées de bébés à neutrons
    Sillonnent un océan défunt, mais pacifique

    Dinosaures d'acier rouillés et grimaçants
    De vieux Caterpillar pareils à des dragons
    Dévorent les forêts, engloutissent les champs
    Puis défèquent en grinçant des tonnes de béton

    Et dans ces gris étrons aux formes pipédiques
    Nous nous précipitons pour tisser des cocons,
    Insectes prétentieux frappés par la panique
    Nous croyons trouver Dieu dans l'éclat des néons

    Et nous nous entassons, fourmilière anarchique
    Et nous nous débattons pour nous faire une place
    Et nous nous disputons sur des questions d'éthique
    Tuant pour les besoins de survie de la race

    Nos esprits connectés au circuit vidéo
    Sont maintenus en vie par d'innombrables chaînes
    Et nous applaudissons d'ennuyeux No-one Shows
    Sans nous apercevoir que nous sommes à l'antenne

    Nous faisons tournoyer des roues de l'Infortune
    Croyant pouvoir un jour empocher le million
    Mais nous arrivons juste à décrocher la lune
    Croyant être tombés sur un précieux filon

    Nous nous laissons aller à d'annuels mamours
    Qui n'ont d'autre dessein que la procréation
    Et en toute saison nous pensons que l'amour
    C'est regarder ensemble la même télévision

    Nous pratiquons souvent, et avec quels délices
    La culture intensive des champignons géants
    Charmés par les couleurs de ces feux d'artifice
    Qui nous ont redonné nos sourires d'enfants

    Corrigés les gauchers, gommés les trisomiques
    Plus d'homosexuels et plus de révoltés
    Finis les agités, les poètes utopiques
    On vous bricole un gène et vous êtes parfait

    Notre sport favori est l'écrase-piétons
    Rien n'émeut désormais notre âme aseptisée
    La conscience lavée de tout regret bidon
    Nous avons oublié nos rêves démesurés

    Je voudrais m'excuser de ces remords tardifs
    Je demande pardon pour notre race entière
    Mais j'ai du mal, vraiment, à me sentir fautif
    Je suis morteterrien et je n'en suis pas fier


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    Belinda, 80 jours après la fin du monde

    Dominique Chappey

     

     

    Mon gros Roger,

     

    Même s’il est plus que probable que ce courrier moisisse dans notre boîte aux lettres, je ne résiste pas au plaisir de t’envoyer quand même quelques nouvelles. Si par miracle tu lis ces quelques lignes alors peut-être, dans un sursaut d’intelligence, t’es-tu décidé à ouvrir la porte blindée de ton bunker pour reprendre une vie quasi normale, cette petite carte postale t’évitera alors des tracas inutiles.

    Pour la maison, rassure-toi, nous n’avons pas été cambriolés. Cela va te faire du changement, mais pense à la joie des bénévoles d’Emmaüs quand ils ont tout vidé. Tu aurais dû voir leurs têtes quand je leur ai dit qu’ils pouvaient tout prendre à l’exception des deux valises qui attendaient tranquillement dans l’entrée que mon taxi arrive. Quand ils sont tombés sur l’argenterie de ta mère, j’ai eu toutes les peines du monde à leur faire avaler que ça aussi, c’était cadeau.

    J’ai pensé à ta convalescence. En cas de sortie hypothétique, après toutes ces journées passées à l’étroit dans ton béton, des grandes pièces vides, ça ne peut que te faire du bien.

    Côté finance, ne te préoccupe de rien. Ma nouvelle carte Gold transfère chaque versement de ta pension automatiquement de notre compte commun sur mon compte personnel, ça te fait un souci en moins. Tu peux bien-sûr essayer de tout annuler. Mais sans les justificatifs évacués en même temps que le buffet de la salle à manger, il paraît que c’est tout un pataquès administratif. C’est le petit Sébastien, le guichetier de la poste, celui qui est beau comme un dieu grec, qui m’a expliqué tout cela.

    Je sais que tu te fais souvent une montagne d’un rien, mais ne dramatise pas, tu n’es pas à la rue et puis dans ta gentilhommière en sous-sol, il doit te rester suffisamment de lyophilisé et de conserves pour te faire éclater le foie. Prends ça comme un retour sur investissement. Pense à poursuivre tes séances de vélo d’appartement pour alimenter les batteries du bunker, j’ai fait couper tous les compteurs de la maison, tu sais que j’ai horreur du gaspillage.

    Je t’écris du Mexique. Pour débuter mon tour du monde, c’était quand même la moindre des choses d’aller remercier les Mayas. Le site de Chichen Itza est impressionnant et la pyramide de Kukulkan magnifique. Je t’enverrais bien des photos si j’avais du temps à perdre. Je tiens une forme épatante et le soleil donne à Sébastien un teint cuivré qui lui va à ravir.

    Sébastien, qui est un peu poète, dit que ce qui est beau dans le voyage, c’est la raison qui nous pousse à voyager, pas la destination. Autant te dire que je fais un voyage merveilleux ! Prochaine étape, la Terre de Feu, le bout du bout, là où la terre s’arrête dans la mer. À chacun sa fin du monde.

    La mienne ne fait que commencer.

     

    Ta Belinda

     

    Relire la chronique de Belinda du 30 décembre 2012 ? Clic 


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    Le progrès

    Jean Calbrix

     

     

    S’il est un adage qui fleure bon la justice sociale, la raison et ses lumières, c’est bien celui que la SNCF annonçait dans une pub : « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous ». Hélas, au train (hi hi) où vont les choses, ça n’en prend pas le chemin (de fer hi hi hi) dans notre société prisonnière du libéralisme où le cerveau d’un grand patron est en moyenne mille fois plus gros que celui d’un ouvrier, si on le mesure à l’aune de leurs bulletins de salaire respectifs. Et cette moyenne augmente tous les jours. On aurait pu penser que des gens qui se disent socialistes, se seraient retroussé les manches pour stopper cette dérive. Mais las, les biens publics continuent d’être allègrement privatisés et bientôt l’air que l’on respire sera vendu à une grande fortune qui viendra nous greffer des compteurs dans les trous de nez. Enfin, s’il y avait une chose qui pouvait mettre un terme à ce terrorisme-là, c’était bien qu’il y ait une fin du monde le 12/12/2012.

    Seulement, on n’a rien vu venir, car les Mayas s’étaient plantés dans leurs calculs. À leur décharge, ils n’avaient pas en leur possession les progrès que l’on connaît de nos jours. Alors, que l’on se rassure, un coefficient correcteur permet de voir qu’elle se produira le 13/13/2013 à 13 h 13’ 13’’ 13 dixième, 13 centième, 13 millième… et il faut s’arrêter là, car on sait très bien qu’Achille ne peut pas rattraper la tortue. Certains critiqueurs diront qu’il n’y a pas de treizième mois. C’est sans compter sur l’audace des députés de la gauche du capitalisme qui en créeront un tout exprès, et qui, ce faisant, laisseront la Cour des Comptes faire de la politique et imposer des diktats ultras libéraux.

    Pour illustrer le fait que l’adage de la SNCF est constamment battu en brèche par les rapaces du grand capital, prenons comme exemple ce qui se passe dans le monde de l’édition. Grosso modo, le budget d’un livre est un gros fromage de Hollande, et dame, l’auteur n’en est pas le roc fort. Le libraire se taille la part du lion avec 33%, vient l’imprimeur avec 24%, l’éditeur avec 18%, le diffuseur avec 17% et finalement l’auteur avec 8%. Évidemment lorsque l’on est un grand écrivain comme un comédien renommé, un chanteur de renom, un footballeur émérite, voire un tueur d’enfant, etc., on peut imposer d’avoir 15%, et même 20% si on a effrayé la chronique. Or fabriquer un livre il y a cent ans, demandait que l’on dispose une à une des lettres en plomb dans des casiers, et le vendre imposait qu’un colporteur passe avec sa carriole de village en village. Le progrès fait depuis, avec le tirage en numérique et la mécanisation, aurait dû profiter à l’auteur. Tintin, walou, macache bono. On allègue une crise économique, des contraintes écologiques, que sais-je encore pour réduire ces 8% à peau de chagrin, voire peau de balle. Bientôt, les librairies vendront des livres dont la majorité n’auront que des pages blanches. Évidemment, les couvertures seront en pleine peau avec des lettres d’or, objets très recherchés pour trôner dans les bibliothèques de ceux qui préfèrent paraître qu’être. Alors, vive le chambardement du 13/13/2013.

    Cent jours plus tard, peut-être un siècle, peut-être un milliard d’années - allez savoir quand il n’y a plus de temps - des extraterrestres viendront coloniser la planète bleue. En creusant la terre, ils découvriront des ponts, et dessous, des squelettes d’écrivains-écrivains tenant nerveusement dans leurs phalanges blanchies, le contrat à 0% qui les livrait pieds et mains liés à leurs éditeurs. Nul doute, ces extraterrestres, à la civilisation raffinée, s’exclameront alors : « Mais quels étaient donc ces gens qui n’avaient pas encore aboli l’esclavage !? ».


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    L’origine du monde

    Benoit Camus

     

     

    Elle a surgi de son coquillage. Sa chevelure blond vénitien en oriflamme, la main gauche en conque devant son sexe, la droite doigts écartés sur un sein, le regard se détourne, indolent. La sérénité qu’elle dégage ferait presque oublier l’assurance que sa posture trahit. Elle arrive sous une pluie de roses, nimbée d’une blancheur virginale – le chromo est parfait – de sorte que, mal instruits de sa nature, nous lui donnerions d’emblée le bon dieu sans confession ; un dieu que nous aurons l’esprit de lui épargner, dont elle se moquerait si, par folie, il tentait de lui dicter une conduite. S’y risquerait-il, elle le mépriserait. Comme elle méprise ces sous-fifres, experts en manifestations éoliennes, qui s’époumonent dans le seul dessein de la guider vers la terre ferme, à moins que, à l’instar de concurrents omnipotents, et bien qu’ils ne soient pas calibrés pour, ils n’imaginent, présomptueux, carrément lui insuffler la vie. Elle ne se préoccupe pas davantage de la servante qui lui échoit, qui souhaiterait remédier à sa nudité – « de la décence ! » l’exhorte le chaperon – et couvrir ses épaules d’un voile rouge. En vain, elle le lui offre… La pauvre, nous le devinons, n’aura pas, au long de ses années de servitude, la tâche facile.

    Vénus vient au monde et elle ne doute de rien. Ne se figure surtout pas sa fin… entre les griffes de Rimbaud pour lequel, à son insu, elle rejouera le temps d’un sonnet la scène originelle, l’anadyomène à la silhouette hottentote, callipyge et hanches à l’avenant. Son corps consumé, auquel elle aura infligé, persuadée qu’ils passeraient inaperçus, d’incessants colmatages et replâtrages, émergera à nouveau de l’eau. S’étalera au grand jour sa peau vergetée ; tremblera à chaque mouvement sa chair flasque. Elle entreprendra d’enjamber la baignoire : elle s’agrippera à ses rebords, se hissera à tâtons, en recherche d’un équilibre stable, puis s’inclinant, Vénus, pied en arrière, tendra sa large croupe / Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.


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    Villanelle de la fin du monde

    Franck Garot


    Oyez ! Battez les tambours
    Pour le dernier des voyages ;
    Le monde est mort : au secours !

    Il est mort depuis cent jours
    Emporté par les orages
    Oyez ! Battez les tambours !

    Comme il en est des amours
    Oubliés jusqu'aux visages,
    Le monde est mort : au secours !

    Finis le compte à rebours,
    Les alertes, les messages :
    Oyez ! Battez les tambours !

    Le drame encore et toujours
    Avec les viols, les pillages ;
    Le monde est mort : au secours !

    Sommes-nous devenus sourds
    Pour nier tous ces outrages ?
    Oyez ! Battez les tambours !
    Le monde est mort : au secours !




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    Jour de pierre

     

     

    L'aube arrive comme une intruse sur la prison. Des poings anonymes frappent les murs. Dans un nuage de poussière, une femme sort de sa geôle. On la conduit au point qui la soustraira au ciel. Elle se tient droite malgré les fers qui l’entament de la tête aux pieds. Ses yeux sont en alerte et toisent le monde. Vient le moment où son regard percute celui de son gardien. Des yeux noirs, aiguisés, trempés dans les cendres de l’absolu. L’homme est en pleine force. Il respire bruyamment. Son coeur bourdonne et son humeur pointe entre ses jambes. Elle gonfle sa poitrine. Des baisers et des promesses lui reviennent en mémoire. Ses fiançailles secrètes et le goût si prometteur d’une bouche qui ne surveillait pas les mots. L'homme se rétracte. Il ne veut pas voir, ni sentir, ni goûter à rien. Seules ses lèvres tremblent encore. La lumière et l'ombre se défient. Elle chancelle. Il ordonne qu'elle se couvre. Elle s'attarde. Le fouet la brûle quarante fois. Elle ne se dérobe pas, garde la douleur nouée au fond de la gorge. Elle chasse les souvenirs aux confins de son être et repart tête en avant. Son regard se perd dans les ondulations d’une foule qui se presse sur le chemin. Une multitude de chenilles grondantes qui espèrent une bouchée de terre. Dieu soit loué, aujourd'hui est jour de piété. On distribue du sang et de la poudre. Des brassées de mains s’agglutinent. L'excitation fait briller les corps.

    De plus en plus d'hommes et de femmes prennent goût aux sacrifices. Réunis par essaims, ils creusent la terre en marmonnant des prières. Des pierres aux arêtes effilées passent de mains en mains. Ces pierres-là sont précieuses. Bénies par le Tout Puissant, consacrées pour l'expiation, elles seront brandies haut et fort à la cérémonie.

    Sur la place des pénitents, le seigneur de la cité a dressé un paravent à miroirs. Un tribun récite l'oraison. Elle s'est détournée de l'eau et de la terre et a vendu son âme au feu. Un serpent a fendu son hymen et enivré son cœur. Le reptile s'est gonflé d'orgueil en buvant le sang de ses entrailles. Son corps est à jamais corrompu, son âme damnée pour l’éternité. Qu'elle soit traînée à la chaîne des mourants !

    Des hommes broussailleux la jettent au sol et l’obligent à se prosterner, à tendre sa croupe ceinte d'un foulard jaune. Amoureuse prise dans la nuit du corps religieux, elle attend qu'on lui jette la première pierre et que son sang maudit éclabousse la face du monde.


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    Vieux matou (quater)

    Ysiad

     

     

    L’autre jour, quand ils ont parlé de me laisser pour le week-end en tête à tête avec Léo, j’ai bien cru que la fin du monde était arrivée, et ma dernière heure avec.

     

    On te confie l’appartement, et n’oublie pas de t’occuper de Pompon ! lui a dit Papa.

     

    Maman avait laissé mille recommandations sur la table, qu’il n’a pas daigné lire. C’était couru d’avance. Dès que sa mère ouvre le bec, Léo répète : « t’en fais pas M’man, t’inquiète M’man, tout roule M’man, dors bien M’man ». Quand la porte a claqué, je n’ai pas donné cher de ma peau de chat, mais je n’avais pas l’intention de me faire marcher sur les pattes pour autant !

     

    Quand Léo est venu prendre son petit-déjeuner, j’ai pointé mon museau dans la cuisine, histoire de lui rappeler qu’il m’avait à charge. Il a ouvert le placard, il s’est versé des corn flakes, du lait, du sucre et il s’est attablé, sans me remarquer. Je me suis planté au pied de la chaise, j’ai levé deux yeux ronds vers lui et je l’ai regardé avec insistance.

     

    ‘jour, le chat, il a fait au bout d’un moment. Qu’est ce qu’il veut, le chat ? Pourquoi il me regarde comme ça ? Espèce de gros chat fourré, va ! et il a continué à manger. Il le sait, pourtant, que je suis susceptible et qu’il ne faut pas me traiter de « gros chat fourré ». J’ai fait monter du fond de la gorge un miaulement bien rauque, histoire de lui montrer ma désapprobation. Miaaaaoooow….

     

    T’as faim, le chat ? C’est ça ?

     

    J’ai plissé les yeux en signe d’approbation. Incroyable comme il peut être long à la détente, ce type. Il s’est levé, il est allé prendre le sac de croquettes et il en a versé dans la gamelle. Allez, il a fait, une grosse rasade, pour avoir la paix. Va plus m’ casser les couilles, le chat. Va être bien sage, bien gentil. Va s’calmer, va faire dodo, peinard sur son radiateur, et basta ! Quant à moi, tu m’ revois plus de la journée. Je vais faire de la musique à la cave. Amuse-toi bien, et surtout, te fatigue pas à attraper des souris !

     

    Il s’est bien moqué de moi avec l’histoire des souris, puis il est sorti de la cuisine en oubliant de me donner à boire. Je l’ai entendu qui prenait sa douche. Je me suis glissé par la porte pour voir si je ne pouvais pas lamper quelques gouttes au passage. C’était une vraie piscine autour de la baignoire, y en avait partout. Je commençais à lécher le carrelage quand il m’a vu.

     

    T’as soif, le chat ? Tiens, de l’eau dans un verre à dent. Bois pas trop tout de même, tu pourrais exploser. Allez, j’ m’arrache ! il a fait d’une voix bourrue. La porte a claqué à toute volée derrière lui, comme d’habitude.

     

    J’étais soulagé de le voir partir. Il avait oublié de me changer ma litière et il ne m’avait pas fait jouer. J’ai poussé ma balle de laine sous le canapé, mais comme Juliette n’était pas là pour me la récupérer, je suis allé m’étendre sur mon griffoir ergonomique. Après tout, il restait deux paquets de croquettes dans le garde-manger, j’avais de quoi tenir encore un peu. Question distraction, je pouvais toujours me rabattre sur le sable de ma litière et les coussins du canapé… A ce jeu-là, on ne voit pas le temps passer.

     

    La nuit était déjà tombée quand j’ai entendu le pas de Léo remonter dans l’escalier. Je suis allé me poster derrière la porte pour l’accueillir.

     

    Te voilà, le chat ! Bouh ! Bouh !

     

    J’ai déguerpi, en prévision de la petite surprise que je lui avais réservée. En effet, il n’a pas mis longtemps à comprendre de quoi il retournait.

     

    Dis donc, le chat, il a fait d’une voix mécontente, pourquoi t’as gratté ton sable comme un malade ? Y en a partout ! C’est pour me donner du boulot, c’est ça ? Pffff, c’est pas possible, un chat pareil. Je vais te changer ta litière, mais je te préviens : c’est la dernière fois ! 

     

    Il a fait couler du sable frais dans mon bac, et c’était bon de savoir que je pourrais me remettre à gratter à fond les pattes dès qu’il aurait terminé. Il a dû deviner mes intentions car il m’a dit de dégager de là. Puis il est allé au salon, et il a pris un air très contrarié.

     

    Non mais je rêve ! T’as vu c’que t’as fait aux coussins ? T’es malade ou quoi ? Y a des plumes partout ! C’est quoi, c’ boulot ?

     

    Il s’est mis à me pourchasser, mais je me suis terré sous le lit, là où il ne peut pas m’attraper, et j’ai attendu qu’il s’en aille. Il était au téléphone quand je suis sorti de ma cachette. Je l’entendais qui se plaignait que j’étais infernal, que j’avais éventré les coussins et répandu du sable partout dans les toilettes, et qu’aux dernières nouvelles, il n’était pas un garde chat. 

     

    Papa et Maman sont rentrés le lendemain soir et ils n’avaient pas l’air contents.

     

    Franchement, a dit Maman, mettre trois heures trente pour faire cent bornes, non, ça ne vaut pas le coup ! C’est vrai, a fait Papa, je ne supporte plus les embouteillages. Je suis contente de retrouver mon Pompon, moi, a dit Juliette en me caressant le dos. Moi aussi j’étais content de la revoir, et je me suis mis à ronronner très fort sous la caresse.

    Tu l’as nourri ? a demandé Maman à Léo.

    Pas encore. Regarde plutôt dans quel état il a mis tes coussins.

    Maman a soupiré, puis elle a dit que lorsque j’étais livré à moi-même, je faisais les quatre cents coups, mais que ce n’était pas la fin du monde et qu’elle achèterait du rembourrage.

    Bon ben c’est pas tout ça, a fait Léo. Maintenant que vous êtes là, je descends faire de la gratte à la cave. A propos, faudrait penser à la dératiser. Y a plein de rongeurs qui grouillent derrière les murs, et c’est pas le gros chat fourré qui pourrait les attraper !

     

    Je lui ai lancé un regard distant. S’il consentait à m’emmener avec lui dans sa cave pleine de rats au lieu de me laisser moisir tout seul, il verrait que je n’ai pas perdu mon instinct de chasseur !


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