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    Elle ne rêvait pas spécialement de barboter dans la Baie des Cochons - zone marécageuse - mais au moins elle serait arrivée à bon port...

    Fidèle à sa réputation, Ysiad nous instruit une nouvelle fois sur sa capacité à jouer les Cassandre.

     

     

    Comment vraiment bien foirer à Cuba

     

     

    Aujourd’hui, confuse d’avoir été prise en flagrant délit d’édulcoration de la vérité, et toujours fidèle au jingle en dix mots qui chante que «foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux », vous avez décidé d’écrire trois lignes sur tout ce qu’il vous est arrivé pour de vrai durant votre voyage, sans jamais oser l’avouer au lecteur.

     

     

    Ah comme la déception du premier jour vous revient en mémoire alors que vous démarrez cette foirade, et comme les jolis palmiers de Cuba s’éloignent dans les bruits effrayants qui proviennent de la soute à bagages, rrrouum, rrrooum, crrrrrik, crrrrrik, kruuuuuk, et qui vous empêchent d’entendre les propos du commandant de bord incitant les 436 passagers à un peu de patience, quoi… Pourquoi les commandants de bord se croient-ils obligés d’édulcorer eux aussi la vérité, alors qu’ils savent parfaitement que le putain de moteur de fermeture des soutes à bagages de c’t’avion d’merde est en panne ? Or, cher lecteur, une panne de moteur de fermeture des soutes, c’est assez grave. Et même très. Ça entraîne, voyez-vous, (à supposer que le commandant de bord n’en fasse qu’à sa tête et décide de décoller quand même, oh, et puis flûte, quoi !), une décompression totale de l’appareil en vol, nous vous laissons imaginer la suite, sachant qu’Ysiad et sa fille se trouvent dans l’avion, il est franchement utopique de croire que ça pourrait se terminer bien. Bon. Donc au bout de deux heures et demie d’attente pour que dalle, tout le monde évacue l’appareil, et plus vite que ça, allez, du nerf, vous n’êtes pas au bout de vos peines, vous pouvez bien attendre encore quelques heures ! Aller à Cuba, ça se mérite, bande d’idiots ! Qu’est ce que vous croyez ! Et vous voilà à nouveau porte C89, dans l’attente utopique d’un autre Boeing qui devrait bientôt décoller, vous fait-on croire en vous disant qu’il y a tout de même un petit problème de « fueling »… Et même un gros, un très gros problème de « fueling » puisque lorsque sonnent dix-sept heures, on vous apprend que vous ne partez plus. Ben non. Que le vol, il est reporté au lendemain. Ben ouais. Que les bagages, ils restent dans la soute, manquerait plus qu’on se trimballe tout à nouveau, qu’il va falloir calmer le p’tit nerveux qui menace d’appeler la police et prendre son tour dans la file d’attente pour des bons d’échange à la sandwicherie (attention, pas de vin, hein, la place en éco ne vous autorise PAS à un verre de vin en cas d’annulation de vol, espèce de poivrote) et puis à l’hôtel IBIS. Ah ça c’est trop chouette. Cela fait si longtemps que vous rêvez de passer une nuit à l’hôtel IBIS, que vraiment, un gros merci, Air France. Donc direction l’hôtel IBIS sous une pluie battante avec le troupeau des classes éco. Allez. Marchez et puis souriez, hein ! Vous n’avez pas de pyjama et pas de quoi vous laver les dents ? Z’allez pas en mourir. Z’avez qu’à demander à l’Etap Hôtel, ils peuvent vous dépanner. Et heureusement que votre fille est là, pour courir tel Achille aux pieds légers vers l’hôtel qui possède encore des kits de brosse à dents pour avoir une bonne haleine quand il fera jour demain. Allez, on dort. On prévient quand même l’agence de voyage du « p’tit souci », pour parler d’jeune, et on fait dodo. Un bon gros dodo en oubliant la jolie nuit d’hôtel qu’on aurait dû passer à la Havane. On est à l’hôtel IBIS, qu’on s’le dise…

     

    La suite au prochain numéro (faut pas abuser des bonnes choses)

     


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     Photo Julie Boillot

    Ce n'est pas parce que la dixième édition du concours de nouvelles Calipso fait un tabac qu'il nous faut oublier celles et ceux qui, avec une belle obstination, s'emmêlent les pinceaux, manquent le coche, gâchent leurs chances, perdent les pédales, bref, qui savent parfaitement échouer en toutes circonstances...

    Saluons le retour d'Ysiad dans :

    Comment bien foirer à Cuba

     

     

    Aujourd’hui, voyant que le soleil brille et qu’il est un peu tôt pour commencer d’hiberner, nous renouons en passant avec le slogan qui veut que « foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux », pour vous parler de Cuba, une île en forme de crocodile située en mer des Caraïbes, que Christophe Colomb a atteint, vous ne l’ignorez point, en l’an 1492, persuadé qu’il avait découvert les Indes, le petit nigaud. Colomb était un excellent navigateur mais un piètre cartographe, vous ne l’ignorez point non plus. Il était aussi un très habile menteur auprès des rois d’Espagne, car, contrairement à ce qu’il leur fit miroiter, afin qu’ils eussent l’obligeance d’abouler la somme nécessaire pour permettre à ses caravelles de cingler de nouveau vers les mers chaudes, il n’y avait pas beaucoup d’or à Cuba, seulement de tranquilles Taïnos qui, le soir venu, fumaient déjà leur tabac parfumé, entre deux gorgées bien dosées en alcool de manioc.

     

    En mettant un pied sur la plus grande île des Caraïbes, accompagnée d’une solide escorte en la personne de votre fille vaillante et dynamique, vous vous êtes, une fois de plus, mise à l’épreuve sans le savoir. Inconsciente que vous êtes ! Car enfin, il n’est pas bien malin de s’aventurer en terre de tabac, alors que vous vous êtes arrêtée de fumer voilà huit mois. Vous souffrez, cela est indéniable, tout le monde s’en fout complètement, et cela vous agace encore plus, ro-gneu gneu. Les efforts que vous déployez pour vous sevrer définitivement du poison vous conduisent à faire durant la nuit des rêves compensatoires complètement délirants, où Satan, déguisé en Steve Mc Queen, s’amuse à vous faire fumer vos clopes par les oreilles, histoire de distraire le manque épouvantable que vous ressentez durant la journée, surtout lorsqu’il vous prend l’envie d’écrire, et que vous ne pouvez plus compter sur le secours de la nicotine, seule substance capable de faire jaillir de votre cerveau quinquagénaire tant soit peu d’inspiration, re ro-gneu gneu. Autrefois, faites un peu effort de mémoire, il vous était impossible d’endurer une matinée de burlingue sans descendre au moins une fois au bas de l’immeuble vous ébrouer en compagnie du poison que vous teniez entre l’index et le majeur comme un anecdotique accessoire ; aujourd’hui, vous n’avez plus le droit de vous accorder cette récré, sous peine de voir vos bronches réduites à l’épaisseur des feuilles dont on fait les cigares, - au passage, le lecteur clément remarquera l’habile transition, pour revenir à l’île qui nous occupe.

    Donc vous ne fumez plus, vous ne supportez plus qu’on fume autour de vous, cela vous énerve et vous fait même claquer des dents. Au fil des jours de privation sacrificielle, vous êtes devenu cet être teigneux et vaguement paranoïaque qui ne tousse plus mais grogne dès qu’il renifle la moindre odeur affriolante lui rappelant l’époque bénie de son existence où la douloureuse réalité n’apparaissait qu’atténuée derrière un nuage bleuté. Bon, fini de digresser, revenons dare-dare à Cuba, zou, et puis tout ce que vous souhaitez, en foulant la terre des barbus révolutionnaires qui ont fait la gloire de leur pays et ont contribué à lui donner sa force, c’est respirer le bon air des Caraïbes, nom d’une étincelle.

    Dans cette optique, votre fille vous emmène cracher vos poumons des heures durant dans la campagne (c’est pour ton bien, M’man !), du côté de la Sierra de los Organos, où la terre, rendue boueuse après une petite pluie tropicale, est du rouge dont on fait les plus belles révolutions. Qu’elle est belle, cette terre, mon dieu mais qu’elle est belle ! Vous n’en avez jamais vue de semblable. Au terme d’une marche de quatre heures derrière le guide Ernesto au milieu des champs de tabac et d’ananas, de manioc et de maïs d’été, vous atterrissez chez un autre Ernesto, qui vous propose un jus de papaye (fraichement pressé par Ernesto junior), accompagné d’un bon cigare (roulé soigneusement par Ernesto senior), qu’il allume sous votre nez et vous tend gentiment en vous soufflant la fumée au visage, afin que vous puissiez pleinement profiter de la puissante et généreuse odeur du puro cubano hecho a mano dans des fabriques toutes proches, que vous pouvez visiter à l’heure qui vous chante, et où vous pouvez acheter tout le tabac que vous voudrez et même du russe pour un prix extrêmement modique, il vous le confirme. Ahhh. Grrrr.

     

    Mais qu’avez-vous fait pour mériter pareil châtiment durant les vacances ? Vous toussez, pâlissez. Vous voyant claquer des dents, votre fille vous saisit la main. Tiens l’coup, M’man ! Vous avez soudain tellement envie de mordre quelqu’un qu’il vous faut vous asseoir sous le bougainvillée. No fumo mas, dites-vous d’une voix mortifiée. Les Ernesto n’en croient pas leurs oreilles. Comment peut-on ne plus fumer ? C’est une blague ! Un cigarillo ? propose le deuxième Ernesto en vous mettant sous le nez un paquet de blondes, qui glissent en même temps de leur enveloppe. No, gracias, sifflez-vous, tout en vous éventant nerveusement avec le journal, la tête haute et le regard ailleurs. Seguro ? insiste-t-il en vous tendant un briquet. Si, seguro, achevez-vous à moitié crucifiée, sous l’œil attentif de votre fille. Allons, tout va merveilleusement bien, pensez-vous en vous tenant à bonne distance du groupe qui s’est mis à fumer. La balade est juste un peu foirée, avec toute cette fumée.

     

    Et n’allez pas croire que vous êtes au bout de vos peines ! Il vous faudra vous accoutumer à l’odeur du Havane, lorsque vous passerez devant les maisons colorées des pueblos, les cubains ne rechignant pas à allumer, le soir venu, un bon « puro », et même deux, tout en se balançant sur leur fauteuil à bascule. Et les femmes ne sont pas les dernières à goûter au tabac ! A croire que les histoires sur le pas des portes ne s’échangent qu’avec un Corona entre les doigts… L’île de Cuba n’est qu’un immense fumoir à ciel ouvert, il faut vous y faire. De même que les villages de France possèdent leur boulangerie, les villes cubaines sont dotées d’une « casa de tabaco » bien achalandée, dont la fraîcheur accueillante inciterait au détour, s’il n’y avait votre fille pour vous remettre dans le droit chemin…

     

    Quant aux touristes européens, on dirait qu’ils prennent leur revanche sur les directives de Bruxelles en clopant plein gaz dans les bars de la Havane. En terre de Fidel, si la liste des interdits est longue, nulle loi n’empêche le citoyen de fumer comme il le veut, tel cet homme aperçu à Trinidad, le mégot entre les lèvres, son poulet perché sur la tête, ou cet autre, assis derrière un bureau d’écolier, qui disparaît derrière un cumulus gris cendre, un verre de Cachanchara à la main (eau de vie, miel, glace, citron vert, un zeste d’eau et baste). Vous passez à côté de lui en ouvrant grand vos narines, mais déjà votre fille vous tire par la manche, elle a bien observé votre petit manège. On ne fume pas par procuration, tu le sais. S’il n’y avait que ça ! A chaque fois que vous passez devant la vitrine d’une librairie, le Che en profite pour vous décocher un sourire insolent en noir et blanc, cigare entre les dents, comme s’il vous disait : « solo vencen los que luchan y resisten ! »…

     

    Lutter, résister : c’est tout ce qu’il vous reste à faire, pensez-vous en achetant au duty free des cigares que l’on vous a commandé. Ô, torture…

     

    … Mais si par miracle, au moment de franchir la douane française, un douanier vous arrête, ouvre la valise et confisque les Havane destinés à l’entourage, alors seulement, vous pourrez considérer votre petit séjour cubain comme bien foiré !

      


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    Toujours nous élançant sur la surface inépuisable des foirades, tel le léger patineur sur la glace, - qui, lui, évitera de se viander à l’arrivée devant les examinateurs -, nous vous convions aujourd’hui à prendre les transports en commun, car enfin, le vélo sous la pluie n’est guère enthousiasmant, le métro est plein de longues correspondances ; quant à la voiture, elle surchauffe dans les embouteillages, alors courons avec le garçonnet de quatre ans jusqu’au prochain arrêt du bus qui propose un parcours trois étoiles à travers Paris.

     

    Comment bien foirer dans l’autobus

    par Ysiad

     

     

    Léo est ravi. Non seulement il adore prendre l’autobus avec vous, mais il a été invité à l’anniversaire de son copain Charlie, qui vient d’avoir quatre ans, tout comme lui. Dis, Maman, est ce qu’il y aura des bonbons ? vous demande Léo d’un air gourmand au moment de franchir le marchepied. Oui, un gros, un énorme sac, répondez-vous en validant votre titre de transport dans la machine et souriant au chauffeur qui regarde fixement le petit diable, comme pour évaluer son âge. Ces temps-ci, vous amadouez les chauffeurs avec un grand sourire, car dès l’instant où vous prenez le bus avec votre fils, vous vous rappelez que celui-ci a eu quatre ans voilà un mois, et que vous devez vous acquitter d’un ticket demi-tarif, nom d’un petit bonhomme ! Eh oui, c’est comme ça, et comme par un fait exprès, cela fait quatre semaines consécutives que vous oubliez d’acheter ce fichu carnet de tickets. D’où le grand sourire forcé adressé au chauffeur, qui vous suit du regard dans son rétroviseur. Gargl, gloups, trouvons vite une place, et heureusement aujourd’hui, vous êtes super vernis tous les deux : deux places contre les vitres viennent de se libérer. Vous serez aux premières loges pour traverser le Pont Marie, youpi !

     

    A chaque arrêt, le bus se remplit et se vide, les portes s’ouvrent et se ferment, de nouvelles têtes passent, et Léo s’en paie une bonne tranche. Dis, Maman, pourquoi il a une grande barbe, le monsieur ? vous demande-t-il en pointant un barbu d’un doigt rapide, trop rapide pour que vous puissiez retenir son geste. Dis, Maman, pourquoi la dame elle ressemble à une sorcière ? clame-t-il à toute force et vous piquez un fard. Pourquoi ci et pourquoi ça, patati et patata, si bien qu’à la fin, harcelée par ses questions, vous sermonnez le fiston d’une voix sèche. Tais-toi tout de suite ! Je ne veux plus une seule remarque jusqu’à la fin, dites-vous en posant une main ferme sur les petites jambes qui se balancent. Si tu continues, on fait le reste à pied sous la pluie, tu veux ? grondez-vous, alors qu’il se livre à toute une série de grimaces pour braver l’autorité dont vous faites montre. Mais qu’il est insupportable, infernal même ! pensez-vous. Alors que les quais défilent, luisants de pluie, vous envisagez avec un grand soulagement de confier votre petit démon à la garde attentive de la maman de Charlie, tout en la plaignant un peu. Quand je pense qu’elle a invité douze chenapans chez elle, cette femme mérite une médaille ! ruminez-vous en imaginant déjà la longue plage de temps qui s’offre à vous, alors que le bus passe devant les tours de la Conciergerie. Arrête avec tes jambes et regarde plutôt comme c’est beau, Léo. Imagine toi qu’autrefois, c’était la maison des rois de France, et leur prison aussi ! Vous voilà embarquée comme un rien au cœur de la Terreur, mais Léo n’écoute pas vos beaux discours. Que Marie-Antoinette ait pu croupir là-bas, enfermée dans un cachot, en attendant d’aller se faire couper la tête, est le cadet de ses soucis ! Il vous laisse dégoiser tout ce que vous savez jusqu’à l’île Saint-Louis, où l’autobus marque l’arrêt, pour laisser monter de nouveaux passagers.

    Dont un contrôleur.

    Grand,

    La mine sévère,

    Revêtu de l’uniforme vert,

    Et qui connaît le règlement.

    Votre œil enregistre la silhouette qui franchit d’un bond déterminé le marchepied. Après un regard plongeant tout au fond de l’autobus, le contrôleur se met à discuter avec le chauffeur. Il dispose apparemment de tout son temps pour dresser ses procès-verbaux. La vie devant lui ! Quelle poisse, pensez-vous très fort. Mais quelle poisse ! Il y a trop de monde pour fuir maintenant. Jamais vous n’aurez le temps de vous jeter par les portes de sortie, vous pourriez être prise en flagrant délit de fraude... L’autobus est reparti, direction place d’Italie. Léo continue de se pincer les commissures entre l’index et le majeur, en imitant le cri du crapaud. Croâ, croâ, fait-il en gloussant. Pourvu que le contrôleur ne vienne pas jusqu’à nous, pensez-vous très fort, sans doute un peu trop fort, car la silhouette vert bouteille a commencé sa traversée, se penchant pour jeter un œil scrupuleux sur le titre de transport qu’on lui présente docilement. Aïe aïe aïe, pensez-vous, Aïe aïe aïe ! et tout se passe comme si votre esprit étroit ne pouvait contenir d’autre pensée que cet imbécile Aïe aïe aïe, qui doit vous faire blêmir un peu, car Léo s’écrie soudain : Pourquoi t’es toute blanche ?C’est rien, soufflez-vous, chut. Tiens-toi tranquille. Quelques minutes plus tard, à hauteur de la fac de Jussieu, le contrôleur s’arrête. Bonjour Madame, dit-il après avoir regardé votre petit diable. Bonjour Monsieur, répondez-vous d’une voix que vous voulez claire et sincère, et vous tendez votre titre de transport. – Et le petit ? reprend-il. – Le petit ? reprenez-vous, comme si vous découvriez à l’instant la présence de votre fiston à côté de vous. – Oui. Le petit. Quel âge a-t-il ? continue l’homme vert, d’un ton vaguement sadique. – Trois ans !, mentez-vous avec tout l’aplomb dont vous êtes capable. – Naaaan ! Pas trois ans ! Quatre ans ! J’ai quatre ans, moi ! claironne Léo à l’adresse du contrôleur en se tortillant sur la banquette.  

    L’homme vous lorgne de ses petits yeux triomphants.

    Bravo. En plein dans le képi ! C’est foiré !

    Quatre ans ? reprend l’uniforme d’une voix gourmande. – C’est-à-dire que nnn…noui, bafouillez-vous, c’est nouveau, voyez-vous, il vient… il vient juste de les avoir, vous comprenez.Je vois, fait le contrôleur, de plus en plus triomphant. Bien. Il lui faut donc un titre de transport, vous l’admettez. – Bien sûr, écrasez-vous d’une voix soumise. – Et puis tout de suite, reprend le contrôleur. Mais cette fois-ci, c’est du plein tarif. Le demi-tarif n’est pas délivré dans les autobus, voyez-vous.Très bien, renchérissez-vous, tout en vous réjouissant d’échapper à l’amende. Je vous donne ça tout de suite, et vous plongez deux mains vives dans votre sac, à la recherche d’un ticket vierge. Farfouillez. Fourragez nerveusement parmi le capharnaüm des choses que vous trimballez partout avec vous. Peigne, bâton de rouge, brosse à rimmel, carnets de photos, de pensées, d’adresse, cartes de visite, de fidélité, de cinéma, petit plan de Paris, jeu de bics, porte-clé, élastique à cheveu… Tout y passe. Mais où sont donc passés les tickets ? Finalement, vous en trouvez un, glissé au fond du sac. Eurêka, pensez-vous très fort en brandissant le ticket d’une main victorieuse, sous le nez de l’homme assermenté.

     

    Qui l’examine. Le renifle. Le tourne et le retourne entre ses doigts, durant dix longues secondes. Et s’il vous gratifie d’une œillade sadique, façon : cette fois, ma gaillarde, ton compte est bon, c’est tout simplement parce que le ticket que vous lui avez remis n’est pas vierge, mais validé au recto comme au verso, et qu’à ce stade, vous pouvez considérer le petit parcours à travers Paris comme bien foiré.

     


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    Aujourd’hui, nous nous aventurons sur le terrain de l’âge tendre en compagnie du slogan "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", à l’occasion d’un petit baby-sitting.

    Comment bien foirer sa petite séance de baby-sitting

    par Ysiad

     

    Cela fait déjà un petit moment que vous rêvez de gagner votre argent de poche. Vos parents ont l’impression de perdre un bras chaque fois que vous leur demandez trois sous pour recharger le portable, il est grand temps que vous ayez un peu d’autonomie ; à quinze ans, vous en êtes tout à fait capable. D’ailleurs vous avez une patience d’ange et vous adorez les enfants, c’est ce qu’ils ont dit récemment à des gens qui cherchent une gentille baby-sitter dévouée qui puisse surveiller leurs petits amours de quatre et deux ans.

    Et comme la vie est bien faite, le téléphone sonne ! Ces gens-là vous demandent un coup de main vendredi soir après les cours, entre 18h 30 et 20h 30, pour distraire les petits, leur faire prendre leur bain, les faire dîner, jouer avec eux, leur lire des histoires et les coucher. C’est tout. Ce n’est pas sorcier. Ton prix sera le nôtre, a dit la mère au téléphone. Vous ne connaissez pas les tarifs, vu que c’est votre premier baby-sitting, mais bon, ça devrait s’arranger, au besoin, on arrondira.

    Les amis de vos parents habitant à l’autre bout de la ville, en quittant le lycée, vous prenez le métro, puis un bus, et un autre bus. Il est dix-huit heures trente quand vous arrivez au pied de l’immeuble, essoufflée et en nage tant vous avez couru pour être ponctuelle. Le père est là, qui a besoin de silence pour préparer son intervention. Il n’a pas que ça à faire, le père, il est conférencier à l’étranger, il vous briefe rapidement dans la cuisine, vous montre où sont les provisions et la chaise haute où il faut attacher Benjamin, lequel n’est pas toujours propre, vous glisse-t-il en confidence en vous conduisant jusqu’à la chambre des gamins qui vous regardent d’un œil malin en vous voyant entrer. Blandine, Benjamin, dit-il, voilà votre nouvelle baby-sitter. Soyez sages !

    Ben voilà. C’est à vous de jouer !

    Blandine a quatre ans et des nattes amusantes que son frère s’amuse à tirer toutes les vingt secondes, pendant que vous leur lisez l’histoire de la chèvre trop gourmande, qu’aucun des deux n’écoute. Pourtant vous mettez le ton, mimez, amplifiez les effets de la crise de foie de la chèvre qui à la page 4 a la bonne idée de gerber toute l’herbe qu’elle a broutée sur les sabots du fermier, en même temps que Benjamin se met à baver copieusement sur votre jean tout neuf, sans doute pour imiter la chèvre. Cette histoire est répugnante, vous changez de livre, démarrez celle du loup aux grandes dents qui boulotte tous les agneaux, mais ce n’est pas une bonne idée, voilà les mômes qui se mettent à trépigner. Allez, on va faire un plouf ! déclarez-vous avec entrain. Dans la salle de bain, vous déchantez en déshabillant le petit qui a bien lesté sa couche. Le thermomètre censé prendre la température ne marche pas, l’eau est glacée. Vous ajoutez de l’eau chaude pendant que Benjamin se roule par terre de rage, il ne veut pas se baigner. Après un quart d’heure d’âpres négociations, vous l’avez convaincu, et le voilà qui barbote à côté de sa sœur. Quinze secondes se passent avant que la guerre de l’eau éclate entre les deux camps ennemis. Benjamin claque la flotte des deux mains, Blandine riposte en lui vidant un gobelet de plastique sur le crâne, ça gicle, ça déborde, y en a partout, la salle de bains ressemble à une piscine. Tu t’en sors ? demande le père attiré par le boucan. Oui, mentez-vous avec le sourire, ils se sont juste un peu amusés. Il repart d’un air contrarié, non sans vous avoir indiqué où se trouvait la serpillière, et pendant que vous jouez à Cosette, les genoux dans le marécage, les gamins se dispersent en répétant comme des perroquets deux mots composés de deux syllabes identiques, le premier qui trouve reçoit un paquet de Pampers. Alerté par les cris, le père sort de son bureau, pour voir où vous en êtes. Il faudrait les faire dîner, vous suggère-t-il d’une voix plutôt impatiente. Bon, oui, bien sûr : direction la cuisine, et qu’ça saute !

    Plus qu’une heure pensez-vous, en tournant au fond de la casserole les épinards surgelés. Vous émincez du blanc de poulet que vous faites rissoler, dans un calme un peu trop parfait pour être honnête. C’est prêt !, annoncez-vous en cherchant les fruits que vous aviez posés à l’instant sur la table. Les enfants se sont réconciliés et les jettent à tour de rôle par-dessus le balcon. Va falloir vachement vous magner pour sauver une poire… Trop tard ! Elle s’est écrasée sur le trottoir ! Il ne vous reste plus qu’à séparer les complices, attacher Benjamin à sa chaise, nouer les bavoirs, remplir les gamelles, une bouchée pour Papa, une bouchée pour Maman, une bouchée pour faire plaisir à Julie, votre gentille baby-sitter, sans l’éclabousser, pas de blagues, les mioches, sinon ça va sévèrement barder ! Un quart d’heure plus tard, votre tee-shirt est maculé d’éclats d’épinards, le pyjama de Benjamin dégouline de confiture, quant à Blandine, elle a fait glisser ses morceaux de poulet derrière le radiateur. C’est la bérézina, le père vous surprend en train d’essayer de les récupérer avec une fourchette.

    Bravo. En plein dans la purée. C’est foiré.

    Il est bientôt vingt-et-une heures et la mère n’est toujours pas rentrée. Repli stratégique dans la chambre, en espérant qu’elle ne tarde plus. Vous êtes sur les rotules. L’histoire du matou doux, roux et mou est presque achevée quand enfin, la clé tourne dans la serrure. Il est pile la demie. Trois heures que vous suez pour les petits chéris, et c’est rien de le dire ! Heureusement, ils viennent de s’endormir.

    Bonsoir, dit-elle. Je suis très en retard. Tout s’est bien passé ?A merveille, répondez-vous avec un grand sourire de pro qui a vingt ans de métier. – Parfait. Nous avons un peu de mal à trouver quelqu’un de fidèle… Ça fait combien ?Ben… Euh… Cinq euros, répondez-vous, histoire de faire un peu d’humour.

    Mais si par miracle, trop contente de l’aubaine, la mère vous prend au mot et dégaine de son sac un petit billet gris tout chiffonné en vous suppliant de revenir dès vendredi prochain, alors seulement, la petite séance de baby-sitting aura été bien foirée.


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    Comment bien foirer sa première journée dans une entreprise de consultants

    par Ysiad

     

    Tout en fredonnant le jingle selon lequel "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous acheminons aujourd’hui d’un pas guilleret vers le monde de l’entreprise, sans pour autant faire partie de ces stakhanovistes qui triment quinze heures d’affilée dans le but de battre leur record, ou de ces drogués du boulot que les rosbifs surnomment : workaholics, et qui ne prennent jamais de vacances de peur de se faire piquer leur poste, et dorment dans leur bureau pour être certains d’être à l’heure le lendemain. Nous sommes semblables à tous ces gens qui doivent gagner leur vie, et qui espèrent cocher un jour les bons numéros sur la grille, pour pouvoir se barrer sous des cieux plus cléments.

     

    Vous rêvez d’un job, un vrai, qui vous occuperait du lundi au vendredi. Vous en avez votre claque de jouer les bouche-trous pour Manpower qui vous file tout plein de missions rigolotes, comme de quoi vous éclater durant deux mois au service des factures d’un fabricant de chiottes, et voilà que de fil en aiguille et de missions d’intérim en dépannage express (au rayon des vis et des pinces au sous-sol d’un grand magasin), vous rencontrez un beau jour un chasseur de têtes, qui a forcément un job pour vous. Tous les chasseurs de têtes vous diront la même chose, c’est précisément leur boulot, ils arrivent au grand galop sur leur char avec un casque d’or sur la tête, vous ramassent au passage et vous disent : j’ai exactement ce qu’il vous faut, et vous voilà embarquée dans toute une batterie de tests linguistiques, d’analyses graphologiques, de problèmes de logique qui vont durer des semaines, pour finalement déboucher sur une proposition mirobolante consistant à rejoindre l’équipe des assistantes multilingues de Roger Dublé. Attention. Roger Dublé n’est rien moins que le Président d’une multinationale renommée de consultants, située au cœur d’un très beau quartier de Paris, à un jet de pierre des Champs-Elysées. Boum. Vlan. Crac. Le cadeau. Attendez, c’est pas fini. Y en a encore. Vous êtes cadre. Très bien rémunérée. Sujette aux primes de fin d’année. Il y a sept semaines de congés annuels. Et des avantages à la pelle. Et des réduc’ pour aller au cinoche. Qu’est ce qu’on dit au chasseur de têtes ?

    Le pied, pensez-vous en découvrant dans le livret d’accueil que l’on vous a envoyé par la poste avec votre contrat d’embauche les innombrables avantages que proposent les consultants à leurs salariés, ce qui explique l’enthousiasme fougueux avec lequel vous poussez la porte du bel immeuble 19ème entièrement rénové, pour vous engouffrer dans l’ascenseur, en même temps qu’une foule d’hommes et de femmes qui vous regardent de biais, car enfin, votre binette, personne ne la connaît, vous êtes nouvelle. Votre cœur bat très fort, si fort qu’il vous semble que l’on n’entend que lui lorsque l’ascenseur repart vers les étages supérieurs. Vous êtes impatiente, oui. Très. Vous avez les jetons, aussi. Il y a de quoi. Une longue période d’essai s’ouvre devant vous, trois mois durant lesquels vous devrez faire vos preuves, trois mois où il faudra sérieusement se bouger les miches et torcher de belles lettres dans un Engliche impeccable, au bas desquelles le Président apposera négligemment sa griffe avec son Mont-Blanc plaqué or. Qu’importe. Ces trois mois là vous paraissent autrement plus riants que toutes ces semaines durant lesquelles vous avez vendu des vis et facturé des balais chiottes et qui défilent en habits sombres dans votre souvenir, alors que l’ascenseur vous hisse sans un bruit au sommet de l’immeuble, là où crèchent les consultants senior, qui gravitent comme des phalènes autour du bureau de Roger Dublé.

    Une jeune femme vient vous chercher à l’accueil. Elle est intérimaire, vous dit-elle. Elle vous dit aussi que le Président va vous recevoir ce matin. Très bien, répondez-vous, grisée à l’idée d’endosser un nouveau rôle.

    Et la première heure s’écoule. Lente, monotone, dans un petit bureau aux murs blancs au fond du couloir, en face de l’intérimaire dissimulée derrière son écran. Vous entendez des gens qui parlent, des portes qui s’ouvrent, qui claquent, des cavalcades. L’intérimaire tape sur son clavier sans plus vous parler, notant parfois quelque chose sur un bloc à mesure que les messages tombent dans la messagerie du téléphone, qu’elle consulte tous les quarts d’heure en coupant le haut-parleur. Une deuxième heure s’écoule en compagnie du martèlement des touches. Toujours rien. A midi, la fille lève les yeux comme si elle se réveillait d’un long sommeil. Le Président va vous recevoir cet après-midi, vous dit-elle. Bon. Autant aller s’attabler quelque part, pour tuer le temps.

    Et l’après-midi s’écoule de la même façon, sans que l’intérimaire vous accorde plus d’attention. Les aiguilles tournent au cadran de votre montre. A dix-huit heures, la fille se lève enfin. Le Président a demandé à Monsieur Turbin, le directeur du personnel, de vous recevoir. Les questions dansent mais vous la suivez, avec la nette impression d’avoir atterri dans une boîte de frappadingues. Ce qui vous sera confirmé par la suite, un peu de patience. Les foirades, ça arrive toujours assez vite.

    Monsieur Turbin est un long type maigre et nerveux dont le visage est le siège de toute une gamme de tics étonnants, alors qu’il range divers papiers et dossiers qui traînent sur sa table, " pour faire place nette ", vous dit-il en se grattant furieusement le nez, en guise d’entrée en matière. Vous souriez, pour masquer la gêne qui vous envahit. Vous avez attendu toute la journée, sur une mauvaise chaise, que Roger Dublé consente à vous recevoir, vous aimeriez bien qu’on vous explique pourquoi diable vous vous retrouvez à six heures du soir dans le bureau d’un type qui aurait besoin de quinze ans de vacances pour chasser le stress qui se manifeste maintenant par des clignements de paupière intempestifs et des claquements de dents tout aussi intempestifs. Votre contrat, on vous l’a envoyé par la poste, vous l’avez signé et renvoyé avec la mention " lu et approuvé ", tout est en règle, vous n’avez plus qu’à prendre le poste… Que signifie cette mascarade ? Et comme si Turbin lisait dans votre tête les questions qui affluent, le voici qui se penche vers vous d’un air sinistre, et vous dit sur un ton d’outre-tombe, en bavant un peu : Nous vous devons des explications.

    A ce stade, vous ne savez pas trop ce qu’il convient de faire. Vous gardez un sourire de circonstance mais franchement, vous aimeriez que le grand nerveux accouche au lieu de se perdre dans des circonlocutions inutiles, où il croit encore utile de faire l’éloge des résultats que vous avez obtenus aux tests. Au fait, mon vieux. Au fait ! Je ne comprends rien, dites-vous, pour le pousser dans ses retranchements. – Il y a eu une erreur d’aiguillage dans le recrutement, vous apprend-il. Nous sommes désolés, croyez-le, mais voilà, nous sommes obligés de mettre fin à votre mission ce soir, et sans plus d’explications, il pousse devant vous d’une main tremblante, comme s’il s’agissait d’un papier poisseux, une feuille A4, sur laquelle il est écrit noir sur blanc que votre période d’essai prend fin ce jour. Là. Tout de suite. Tout en la lisant, vous constatez qu’on vous dédommage pour ce que Turbin a appelé : une erreur d’aiguillage, et que vous venez de gagner sans rien foutre un mois de salaire, en un jour, rien qu’en restant assise sur votre chaise à compter les mouches.

    Bravo. Pan dans le logo. C’est foiré.

    Mais si par miracle, tout en vous raccompagnant jusqu’à l’ascenseur, Turbin crache le morceau et vous souffle que Miss Smith, la fille que vous étiez supposée remplacer auprès du Président, a finalement décidé de conserver son poste, votre petite excursion chez les consultants aura été… bien foirée.

     


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    Note du barman. Jamais, quand c'est la vie elle-même qui s'en va, on a autant parlé de civilisation et de culture. Et il y a un étrange parallélisme entre cet effondrement généralisé de la vie qui est à la base de la démoralisation actuelle et le souci d'une culture qui n'a jamais coïncidé avec la vie, et qui est faite pour régenter la vie.

    Avant d'en revenir à la culture, je considère que le monde a faim, et qu'il ne se soucie pas de culture ; et que c'est artificiellement que l'on veut ramener vers la culture des pensées qui ne sont tournées que vers la faim.

    Le plus urgent ne me paraît pas tant de défendre une culture dont l'existence n'a jamais sauvé un homme du souci de mieux vivre et d'avoir faim, que d'extraire de ce que l'on appelle la cultue, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim.

    Nous avons surtout besoin de vivre et de croire à ce qui nous fait vivre et que quelque chose nous fait vivre, - et qui sort du dedans mystérieux de nous-même, ne doit pas perpétuellement revenir sur nous-même dans un souci grossièrement digestif.

    Je veux dire que s'il nous importe à tous de manger tout de suite, il nous importe encore plus de ne pas gaspiller dans l'unique souci de manger tout de suite notre simple force d'avoir faim…

    Antonin Artaud, "Le théâtre et son double"

     

    Comment bien foirer sa petite sortie au théâtre

    par  Ysiad 

     

    C’est au théâtre que nous nous rendons ce soir d’un pas soutenu, en compagnie de la devise selon laquelle " foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux ". Vous êtes prêts ? Confortablement installés face à la scène ? Que le spectacle commence !

     

    Cette année, vous avez programmé une sortie au théâtre avec des amis. Quoi de plus agréable que d’évoquer la prestation d’un grand comédien qui brûle les planches, quel que soit son âge et son costume ? Ah ! Terzieff ! Cependant, vous n’êtes pas seule à choisir le spectacle, non. Là est tout le problème. La majorité du groupe est en faveur d’une pièce moderne qui " revisite " la vie de deux figures du 17ème siècle, un peintre et un philosophe ; et si vous connaissez mieux la peinture de l’un que la philosophie de l’autre, en revanche, le nom de l’auteur ne vous dit rien, et pas davantage celui du metteur en scène. Quant au théâtre dans lequel l’œuvre se donne, il est à la pointe de l’avant-garde et vous n’y avez jamais mis les pieds. Cependant, cela ne doit en aucun cas constituer une raison pour rester niché dans vos coussins à relire Molière sous l’œil impassible du chat ; il faut sortir des sentiers battus et montrer quelque curiosité pour la création contemporaine, que diable ! Molière, c’est très bien, mais il y a eu d’autres dramaturges depuis, et puis il faut vivre avec son époque. Autant aller voir une création en faisant preuve, vous aussi, d’un peu d’audace, et c’est sur cette lancée que vous allez retrouver le groupe qui vous attend, quelque part, du côté de la Bastille, pour assister à la nouvelle pièce de Gudule Taïaut, un auteur plébiscité par la critique avant-gardiste.

    La salle est grande, le placement est libre et il y a déjà pas mal de monde. Vos amis sont disséminés un peu partout dans la salle, il va bien falloir trouver où vous asseoir. Une première place se libère en haut des gradins, pour le conjoint qui est grand, et une autre, toute proche de la scène et tout au bout de la rangée de fauteuils. Vous ne pouviez rêver mieux pour entrer de plein pied dans l’action ! Après une longue attente face à la scène où sont plantés pour tout décor quelques chaises et un chevalet de peintre, on vous informe que la pièce va commencer. Soulagement. Le noir se fait, les tousseurs toussent, après quoi un premier comédien entièrement vêtu de noir surgit dans un bond gracieux à gauche de la scène et se met à agiter des idées où il est surtout question de la toute puissance de la Nature.

    C’est le philosophe.

    Au bout de vingt minutes d’attention péniblement soutenue, vous n’avez toujours pas compris le sujet de la pièce, ni où l’auteur voulait en venir. Le comédien récite une prose dense, très dense, très intellectuelle et philosophique, sur la mort, la vie, le sens de la vie, le sens de la mort, tout cela entrecoupé de pas de danse et de longs silences censés vous faire réfléchir, mais qui vous plongent dans la perplexité la plus noire, car enfin, le sens de la mort relève d’une énigme plutôt épaisse n’est-ce-pas, plutôt à sens unique, admettons-le, jusqu’à présent personne n’est revenu pour résoudre l’affaire, et vous en êtes là de vos réflexions quand un deuxième personnage entre en scène, arborant un tablier maculé de taches.

    C’est le peintre. Qui tient par la laisse un cochon. Pourquoi un cochon ? Ne posez pas de question, c’est du théâtre moderne.

    Tous deux vont leur bonhomme de chemin, le peintre traînant la semelle, le cochon secouant ses oreilles, et du coup, le sens de la mort s’estompe un peu. Le peintre lâche la laisse de l’animal et s’installe à son chevalet, dos au public. Pourquoi dos au public ? Encore une question superflue. Tout en tenant des propos gutturaux dans une langue que vous cherchez à identifier, le peintre a sorti son pinceau et commence à dessiner, toujours dos à la scène, sans prêter attention au cochon qui s’est arrêté un peu plus loin et se met à grogner, de plus en plus fort. Groing, groing. Grong, grong. Grumf. Sans doute son rôle l’exige-t-il. Quant au philosophe, il disserte, badin, improvisant des pas de danse, sur les fleurs, les animaux, les arbres, les choses de la nature, non loin du chevalet du peintre. Tout cela produit pas mal de cacophonie, mais comme l’a dit le critique à la radio, un metteur en scène doit savoir prendre des risques pour mettre en relief la richesse intrinsèque du texte. D’où le cochon grogneur sur fond de monologue en flamand et de dissertation dansée sur la Nature, et chacun pourrait continuer longtemps ainsi à mener sa petite affaire lorsque le philosophe, traversé par on ne sait quelle idée lumineuse, se barre dans un long entrechat à gauche du plateau, pour revenir, quelques instants plus tard, tenant par la bride un dromadaire.

    Vous commencez à trouver le temps long. Très. Vous regardez votre montre, mais la lumière est faible, et les aiguilles difficilement localisables. Vous entendez, çà et là, des fauteuils qui claquent, alors que le philosophe s’adresse au dromadaire en lui parlant en vers. Y-a-t-il un message subliminal ? Et si oui, où se trouve-t-il ? Votre voisine s’est tout à fait endormie. Sa tête touche votre épaule. Elle ronfle même un petit peu. C’est gênant. La pièce est déjà assez difficile à suivre, avec le cochon qui grogne, le peintre qui dégoise en flamand, le philosophe qui s’exalte en parlant au dromadaire. Le boucan est tel qu’il devrait réveiller votre voisine, dont le corps s’affaisse de plus en plus. Elle dort très profondément, si profondément que vous avez beau tousser par petites saccades nerveuses et insistantes pour la réveiller, keuf keuf keuf, rien n’y fait. La pincer, peut-être ? Sur la scène, les choses n’ont guère évolué. Le peintre continue à discourir en néerlandais face à sa toile, tandis que le philosophe confie au dromadaire tout en lui caressant la tête que Dieu est dans la nature et réciproquement, quand soudain, voici que le camélidé, sans doute grisé par ces marques d’affection que lui témoigne le philosophe et ces beaux discours encensant la Nature, se met à faire copieusement sur le plateau.

    Ahhhh. L’effet de surprise est total, à en juger par le bond de côté du comédien. Le metteur en scène avait-il prévu ce cas de figure ? Ne cherchez pas à percer les mystères du théâtre moderne, ils sont insondables, comme plein d’autres trucs dans la vie. La salle se vide. Vous ne pouvez pas vous esbigner, vos amis le prendraient mal. Vous ne pouvez qu’attendre stoïquement sur votre siège que la pièce veuille bien trouver son terme le plus rapidement possible, tout en repoussant de temps en temps la voisine endormie. L’odeur qui vous parvient du plateau est si forte qu’elle vous empêche de roupiller vous aussi.

    Bravo. En plein dans le projecteur. C’est foiré !

    Mais si par miracle, à l’issue du spectacle, le groupe enthousiaste vous emmène dîner avec le metteur en scène, et que celui-ci profite du repas pour vous saouler en vous énumérant les critiques dithyrambiques qu’il a récoltées sur les partis pris follement audacieux de sa mise en scène, alors seulement, la petite sortie au théâtre aura été bien foirée.


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    Finis les RTT ? Terminés la plage, les pistes de ski, les bars à tapas ? Faut pas s'en faire, aujourd'hui on va rouler des mécaniques…

    Comment bien foirer son retour de vacances sur l’autoroute

    par Ysiad

     

    Aujurd’hui, sans trop savoir pourquoi, nous avons choisi d’offrir au lecteur un petit voyage sur l’autoroute, à l’occasion d’un retour de vacances, à partir de la région PACA jusqu’à la capitale. De même qu’il y a Dupont et Dupond, il y a voyage et voyage. Celui-ci consiste en une sorte de huis clos avec matou, enfants, conjoint et bagages, dans l’habitacle d’une bagnole du quatrième âge équipée d’un rétroviseur extérieur gauche retenu sur son pivot par plusieurs tours de scotch brun, d’un rétroviseur intérieur capable de se décrocher à la moindre aspérité de la route, d’un pare-brise fêlé sur toute sa largeur, d’appuie-têtes déglingués, de dossiers de siège refusant de se redresser, d’un tapis de sol troué et de pédales trop souples. Quant au kilométrage, ma foi, on sait pas trop, le compteur est bloqué. Toujours envie de prendre la route, les p’tits loups ?  

    Cependant, attention. On ne se moque pas du véhicule. Cette poubelle, c’est la vôtre, ça fait toute la différence. Vous y êtes attachée. Vous connaissez à fond ses caprices, ses petits travers, cette façon qu’elle a de chasser à gauche, ce qui vous oblige à maintenir les roues au ras des lignes blanches pour éviter les louvoiements intempestifs, ce petit hoquet dont elle est affligée lorsque vous tournez la clé de contact, (un peu d’autoallumage, sans doute), ce grondement lourd du moteur à partir de 130-140 kilomètres/heure (un léger encrassage des bielles, qui sait ?) les facéties du tableau de bord où s’allument soudain, mais toujours à tour de rôle, les voyants de la batterie, de l’air bag, de l’eau, du thermomètre, des essuie-glaces, du cric, comme pour vous rappeler qu’il est impératif de prévoir une prévision : tout cela vous est extraordinairement familier. Vous la connaissez si bien, cette guimbarde, que vous n’avez pas besoin de plonger la jauge dans ses entrailles pour deviner que le dernier jour des vacances, Madame ne démarrera pas du premier coup. C’est comme ça. Madame ne démarre jamais du premier coup. Le moteur tousse. S’ébroue, rechigne. C’est tout à fait normal, c’est le début de la foirade.

    Comme il fait jour, c’est vous qui allez conduire. Vous, soit une personne du sexe féminin qui ne voit pas très bien, entend encore moins bien, ne flaire pas les innombrables opportunités que propose la route pour maintenir la moyenne à un niveau acceptable, s’obstine à poser ses mains sur le volant à huit heures vingt et non à dix heures dix, (terrible, cet entêtement), ne sait pas déboiter au moment voulu, se prive d’accélérations vitales, oublie de passer ses vitesses ; une conductrice lamentable, en somme, qui n’ose pas dépasser les gros culs en provenance d’Almeria mais se laisse doubler par trois caravanes, ne prévoit jamais assez de sandwichs mais aime écouter du Polnareff en traversant la Drôme. Bon, on va s’arrêter là, encore un tour de scotch autour du rétro, parfait, ça tient bien. Il est treize heures douze, le coffre est bourré à craquer, on a tout, les valoches, les sacs de bottes, les cannes à pêche, la guitare électrique, la carte routière, le chat, la litière, la gamelle, les enfants. Surtout, te fais pas flasher, vous recommande le conjoint pour la énième fois.

    Ô merveille, ça roule. Ça roule même très bien. Putain, comme ça roule aujourd’hui ! Du beurre. Grisant, ce ruban. Le dernier déplacement avait duré douze heures trente, souvenez-vous. Vous aviez eu droit à la totale, embouteillages à la sortie de la ville, nationales bouchées, camions en file indienne, tout cela dans la chaleur de juillet, douze heures au terme desquelles vous vous étiez juré de ne plus jamais reprendre la route, et lorsque de guère lasse, vous aviez rejoint l’autoroute après le tunnel de Lyon, un carambolage spectaculaire avait bloqué les voies dans les deux sens. Le cauchemar. Heureusement, il n’en est rien aujourd’hui, tout baigne à mort, vous roulez à 135 en écoutant du Polnareff en sourdine, parfait. L’asphalte s’écoule, fluide, et personne devant vous, c’est le pied. Holidays… Flûte. Juste au moment où tout va bien, le chat vient de sauter sur vos jambes. Le conjoint somnole, les enfants ont mis leurs écouteurs, personne ne peut rien pour vous. Le matou cherche un peu sa place, tourne sur lui-même pour finalement écraser ses kilos de fourrure sur votre jambe droite. Voilà. Il ne bouge plus. Il est très bien. Vous, beaucoup moins. Argl. Il est lourd. Heureusement, il y a une station service dans vingt kilomètres.

    Premier arrêt. Votre jambe est complètement ankylosée. Le chat miaule derrière la vitre. A-t-il soif ? Oui. Il lape un peu d’eau au creux d’un bouchon. Il a faim aussi, comme les enfants, qui dévorent à belles dents leur sandwich. Bien. Un petit café, et zou. On ne va pas s’éterniser chez Carrefour. Comme il fait encore jour, vous gardez le volant, le conjoint le reprendra au nord de Lyon. Sur la banquette, les enfants se révoltent. Ils n’en peuvent plus, de Polnareff. Trop éthéré. Ils veulent un truc qui arrache bien, du viking metal par exemple, et la route se complique. Il y a du monde, soudain. Beaucoup. Des fourgons, des camionnettes, des voitures à remorque. Les camions se suivant sur la file de droite, le chat a bondi dans l’angle gauche du pare-brise pour mieux les observer. C’est très pénible, ces camions, surtout quand ils se tirent la bourre. Le moteur de la voiture s’est mis à bourdonner, et vous voilà coincée derrière un trente tonnes espagnol qui vient de déboiter sur la file centrale sans mettre son clignotant. Allons bon. Mais qu’est ce que tu fous au milieu de ce convoi, fait le conjoint. Cent mètres plus loin, le trente tonnes se rabat brutalement dans un énorme nuage d’essence. La visibilité est nulle et l’odeur atroce. S’ensuit une discussion âpre sur l’art de ne pas se faire dépasser. L’autoroute passant sur deux voies, vous ralentissez, et cette baisse de régime perturbe le chat. Il quitte son poste d’observation pour rejoindre les enfants sur la plage arrière. Gardez-le entre vous, ordonne le conjoint.

    Déjà que Maman conduit comme un pied, s’il revient l’embêter, on va se prendre un semi-remorque entre les essuie-glaces.

    Et comme si ces paroles odieuses avaient tiré du sommeil tous les mauvais esprits de l’autoroute, le rétroviseur intérieur se décroche. Net. C’est embêtant. Très. Heureusement, la barrière de péage est annoncée dans deux kilomètres. Je reprends le volant après, décrète le conjoint qui tient le rétroviseur d’une main et vous indique de l’autre la meilleure des files à suivre. Vas-y, mets-toi derrière la grise, il y a beaucoup moins de monde, vous enjoint-il en pointant un index impérieux vers une voiture grise qui ressemble étrangement à une autre voiture grise. Résultat ? vous vous gourez. Pourquoi ? Vous êtes une femme et c’est une foirade.

    C’était l’autre file qu’il fallait prendre, pas celle-ci ! se lamente le conjoint. Ah flûte alors. C’est ballot de votre part, mais bon. On peut plus reculer, là, on doit attendre sagement son tour derrière les autres voitures, pendant que le conjoint se passe les nerfs sur le rétroviseur, qu’il réussit à emboiter d’un coup de poignet dans le bitoniau rouillé fixé au pare-brise. Bravo. Pourvu que ça tienne jusqu’à la fin du voyage, c’est tout ce qu’on se souhaite. Au bout d’un long quart d’heure, c’est enfin à vous. Vous tendez votre carte au préposé qui la passe dans son lecteur. Rien. Nouvel essai. Silence, soupirs. Toujours rien. Nouvelle tentative. Le préposé se penche. Votre carte est illisible. Après plusieurs essais infructueux, il sort de sa guérite. Il va passer votre carte dans un autre lecteur, ça vient peut-être du sien, il se renseigne. Dix minutes plus tard, il revient avec le reçu en vous souhaitant une bonne route. Cette file vous a fait perdre un temps précieux. Les enfants grognent, le chat miaule, viking metal beugle et il reste encore quatre cents kilomètres à faire. Vous avez beau essayer de détendre l’atmosphère en faisant remarquer que vous avez jusqu’à présent échappé à tous les radars, le conjoint qui a repris le volant est en colère. On va arriver à trois heures du mat’, fulmine-t-il, comme si vous étiez seule responsable de ces coups de Trafalgar autoroutiers contre la sacrosainte moyenne. Il reste des sandwichs au saucisson? demande-t-il entre ses dents. Vous farfouillez dans la glacière. Bien sûr que non. S’il restait des sandwichs au saucisson, ce serait un succès, ce trajet, pas une foirade. En revanche, il y a des chips. Au vinaigre. Elles sont dégueulasses ! dit le conjoint furieux.

    Bravo. En plein dans le mille. C’est foiré.

    … Mais si par miracle, aux abords de la capitale, le conjoint s’offre une petite accélération libératrice pour oublier cette putain de route et se fait méchamment flasher par un flic tapi dans son véhicule à cinq cents mètres du bercail, alors seulement, le retour de vacances sur les autoroutes de France aura été… bien foiré.


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    On le sent bien à la fréquentation du café, les vacances sont là. Voilà six semaines que nos montagnes respiraient un grand air ensoleillé avec seulement deux ou trois nuages pour faire joli et hop, comme si tout cela était programmé, la météo nous annonce de la neige pour le premier jour des incontournables sports d'hiver. Ceux d'entre vous qui ont eu la chance de lire le dernier billet d'Ysiad sur le sujet savent à quoi s'en tenir et ont leur destin en main. Certains d'entre eux d'ailleurs en profiteront pour traverser la Méditerranée et vaquer du côté de l'avenue Bourguiba ou danser la Carmagnole sur la place Tahrir. Quant à ceux qui ne partent pas et qui voudraient en profiter pour refaire le salon ou la chambre du petit, Ysiad leur donne aujourd'hui quelques conseils pour bien foirer l'entreprise. On est quand même sympa au café, non ? Mais les autres, me direz-vous, tout ceux qui n'ont pas les moyens de partir ou qui n'ont pas de vacances du tout ? C'est pas compliqué, ils travailleront plus et apprécieront plus la neige à la télé surtout si elle vient à bloquer les routes des vacanciers. Mais attention, là, le petit qui aboie tout le temps, s'emparera alors de l'écran pour expliquer que c'est pas normal hein, qu'il y a des dysfonctionnements inadmissibles et que des sanctions exemplaires vont être prises…  

     

    Comment bien foirer la pose du papier peint

    par Ysiad

     

    Aujourd’hui, reprenant à part soi la comptine selon laquelle "foirer c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous lançons tout feu tout flamme dans le vaste univers des travaux manuels, en nous tournant plus particulièrement vers ceux qui présentent l’avantage de pouvoir être exécutés à quatre mains. En effet, il n’est pas nécessaire d’avoir fait l’ENA pour admettre qu’il vaut mieux poser du papier peint à deux que tout seul. Enfin, en principe. Tout dépend des poseurs, bien sûr, s’ils sont doués, ou non. Il ne suffit pas forcément d’avoir de bons outils. C’est toujours la même chose, n’est-ce-pas.

     

    Cela fait des semaines que vous avez l’intention de retaper un peu la chambre des loupiots. La peinture des murs est franchement moche. Sa teinte coquille d’œuf tire sur le jaune sale autour des plinthes, les posters de l’occupant précédent ont laissé des marques partout, la petiote a écrit " côt, côt " au marqueur bleu à côté du placard, sous les encouragements pressants de son grand frère, bref, il est urgent de faire quelque chose, et c’est ainsi que par une belle fin de journée du mois de juillet, les bouts de chou ayant pris leur quartier d’été chez leurs grands-parents, vous arpentez, main dans la main, les allées de papier peint du magasin Leroy Merlin, non loin de Réaumur.

    Le choix s’avère encore plus impressionnant qu’entre les pages du catalogue. Il y en a pour tous les goûts. Vous hésitez. Revenez sur vos pas. Retombez en enfance à la vue d’un motif représentant des petits éléphants trognons qui s’arrosent avec leur trompe. Au bout de l’allée, le conjoint s’est assis sur un pliant de courtoisie avec le journal. Il a trouvé son pot de colle, son éponge, sa brosse et son pinceau, sa mission s’arrête là. Il vous laisse carte blanche pour la suite. Après avoir fait la plouf entre différents imprimés, vous optez pour un papier bleu pâle décoré de moutons laineux à la bouille réjouie, gambadant par groupe de trois, tous les trente centimètres, au milieu de petits bouquets de pâquerettes. Motif qui, selon vous, présente le double avantage de permettre à l’enfant d’apprendre à compter tout en le prédisposant agréablement au sommeil, et c’est avec cette illusion à visée pédagogique que vous vous dirigez vers les caisses, en poussant le caddy contenant vos lés de papier et vos outils variés.

    Trois jours plus tard, après avoir gratté, dépoussiéré et lessivé les murs, le conjoint vous appelle à la rescousse, car enfin, comme nous l’avons mentionné plus haut, coller du papier peint est une opération que l’on peut envisager de mener en couple, tout au moins est-il permis de l’espérer. Vous voici donc juchée sur l’escabeau, avec le premier lé que vous tentez d’ajuster le long de la plinthe, tout en suivant les conseils du conjoint. Incline un peu à droite. Pas trop. Redresse un chouïa. Stooop. Bien. Il ne vous reste plus qu’à lisser la feuille avec la brosse. Allez-y, c’est à vous. Miracle, il n’y a pas de bulles. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Déplaçons l’escabeau et continuons dans la joie et la bonne humeur, encouragés que nous sommes par cette première victoire. On encolle le deuxième lé, on l’applique contre le mur et on lisse avec la brosse. Comme les chers petits vont être contents, et comme elle est riante, la perspective d’une pièce entièrement rénovée par vos soins ! Cependant, tout doux. Ne vous emballez pas trop vite, et soyez un peu à ce que vous faites. Il reste une bulle, regarde, deuxième rangée de moutons, côté gauche en partant du haut, indique le conjoint en pointant avec l’index l’endroit qui boursoufle. Allons bon. C’est embêtant. Il vous faut décoller entièrement le lé, et recommencer l’opération en lissant à partir du centre. Pas évident mais enfin on va y arriver, un peu de patience, on a toute la journée devant nous. Deuxième essai, allons-y alonzo, on se concentre. Il y a une autre bulle sous le ventre du mouton central, à droite en partant du bas, là, celui qui a les pattes dans les pâquerettes, fait le conjoint.

    Effectivement. Le mouton est si déformé qu’il semble enceint. Ça ne va pas du tout. Pendant que vous essayez de chasser la bulle avec l’éponge, une autre bulle se forme cinq centimètres plus bas. Et une autre, plus grosse, encore un peu plus bas. Et une quatrième. Vous avez beau vous échiner, impossible de les éliminer. La barbe. Tout est à refaire. Ça cloque de partout. Veux-tu que je te relaie ? demande le conjoint avec une pointe d’impatience dans la voix. Pas la peine, rétorquez-vous en chassant une mèche de cheveux luisante de colle, tout baigne à mort! et comme si vous vouliez lui prouver que vous êtes parfaitement capable d’éliminer les bulles sournoises que fait ce putain de papier rien que pour vous contrarier, vous attrapez le lé suivant et le plaquez des deux mains contre le mur, paf !, dispersant d’un geste énergique la colle du centre vers le haut et rayonnant vers le bas avec la brosse, imitant en cela les poseurs d’affiche dans le métro, la dextérité en moins. Non seulement vous avez fait une estafilade de dix centimètres au centre de la feuille, mais vous l’avez trouée. Ah bravo. Tu as décapité le mouton, fait le conjoint. Effectivement. Le mouton a perdu sa tête. Quelle poisse ! Allez, on change, et vas-y mollo sur la colle, fait-il en vous confiant le pot.

    Il est quatre heures de l’après-midi quand vous déclarez forfait. Vous avez eu envie de décapiter douze fois le conjoint avec ses T’as encore mis trop d’ colle ! Flûte. Pour l’heure, il est parti en racheter au magasin et des rouleaux aussi, tant vous avez gâché. Vous l’attendez, assise sur l’escabeau au milieu des copeaux de papier dispersés sur le sol, en comptant les moutons. Tu veux coller ou poser ? vous demande-t-il en rentrant. Coller, poser : vous aimeriez surtout vous reposer, mais c’est reparti, dans la fatigue et la mauvaise humeur, c’est pour la bonne cause, vous posez.

    Les heures passent au milieu des moutons qui cloquent et des vapeurs de colle.

    On arrête le massacre, décrète le conjoint sur le coup des vingt heures. Je continue seul. Il est tout juste minuit lorsqu’il sort de la chambre, le cheveu en bataille et les mains collées au tee-shirt. L’odeur est si forte qu’elle vous saisit en entrant dans la pièce. Vous inspectez les murs. Bon, quelques bulles subsistent çà et là comme des îlots de résistance, la spatule a laissé des traces, certains raccords sont troublants, un mouton a cinq pattes mais dans l’ensemble, pour des amateurs de votre catégorie, c’est pas si mal. Y a pas mort d’homme en tout cas. Non, franchement, c’est correct, affirmez-vous. Le conjoint n’est pas du tout de cet avis. C’est foiré, tranche-t-il d’une voix sans concession. A cause de ces putains de murs qui sont même pas droits conclut-il, tournant les talons sèchement et claquant la porte avec tant de colère virile, qu’un pan de papier se décolle aussitôt.

    … Mais si par miracle, à peine rentrée de vacances, votre petiote dans sa robe à fleurs s’empare d’un marqueur noir et profite d’un instant d’inattention de votre part pour barbouiller les moutons de jolies arabesques sous la conduite de son grand frère, alors seulement, la petite entreprise de pose du papier peint un beau jour de juillet pourra être considérée comme bien foirée.

     


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  • Sports d'hiver

    Comment bien foirer son petit séjour aux sports d’hiver

    par Ysiad

     

    Aujourd’hui, tout en gardant en mémoire la devise selon laquelle "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous partons en famille avec le chat pour les sommets enneigés des Hautes Alpes, histoire de prendre un peu d’altitude.

     

    Et pourtant. Les sports d’hiver, ce n’est pas votre truc. Vous aimez la montagne, oui, ses crêtes éblouissantes se détachant sur un ciel d’azur, oui, les chocolats réconfortants dans les relais d’altitude, oui, le fromage onctueux dans le ruban duquel vous enroulez votre morceau de pain, oui. Vous aimez tout cela. Si la montagne se bornait à ces joies simples, ce serait bien. Et ce serait encore mieux si vous saviez skier. Là est le premier hic. Vous skiez comme un pied, et même comme un double pied. Plus nulle et raide que vous sur deux planches, il n’y a pas. Franchement, skier avec vous n’est pas une sinécure. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Ce sont les fixations trop serrées qui vous font mal, le bonnet qui gratte, les lunettes que vous avez perdues, ou encore vos doigts de pied, que vous ne sentez plus. Vous trépignez souvent. Grognez, pestez. C’est d’ailleurs pour cette raison que votre conjoint vous laisse assez loin derrière lui dès qu’il s’agit "d’attaquer une piste noire". Il skie comme un dieu, là est le deuxième hic. Vous aimeriez bien, vous aussi, éprouver ce merveilleux vertige que donne la vitesse quand elle est contrôlée. Or au-delà de dix à l’heure, vous ne contrôlez plus rien. Attaquer une piste noire ? Pour vous, cela revient à paumer ses moufles dès le premier virage et se prendre gadin sur gadin sur les plaques de verglas pour finir par se vautrer au bas de la pente, la tête la première et les skis en croix. C’est comme ça, vous n’y pouvez rien. C’est sans remède. Vous êtes seule, dans le grand désert blanc de la montagne hostile et sans pitié pour les débutants de votre espèce qui enfilent leurs chaussures à l’envers, et se retrouvent projetés sur le toit du téléski, parce qu’ils ont oublié de lâcher la perche. Après tout, chacun doit faire ses expériences, tout comme les enfants ont impérativement besoin de bon air cette année, et c’est ainsi qu’après avoir relevé une publicité faisant état de jolis appartements dans des chalets de bois, en amont d’une station charmante et conviviale, vous vous retrouvez à P. St V., dans un studio de quinze mètres carrés, à un gros kilomètre de la station, face à une barre de béton. Sans vue sur la montagne, et sans appareil à raclette. Et le chat boude, le radiateur est glacé. Enfin. Vous avez eu le temps de louer les skis, c’est toujours ça.

    Dès le premier jour, comme pour rattraper les choses, un grand soleil pur se lève au-dessus des montagnes. Pas un nuage, le ciel est lavande. Les enfants piaffent. Ce serait dommage de ne pas profiter illico de cette splendide journée, d’autant que la météo annonce de la neige les jours suivants. Il n’y a donc pas de temps à perdre.

    Il y a si peu de temps à perdre que vous voilà tous les quatre sur la banquette du télésiège, qui vous hisse lentement mais sûrement vers le point culminant. Bientôt il n’y a plus de sapin, le ciel est toujours bleu dur, et la vue panoramique. Le massif des Ecrins est là, droit devant vous, découpé dans l’azur. Qu’elle est grisante, la sensation d’être sur le toit du monde ! Si seulement vous pouviez contempler les beautés qui vous entourent ! Mais non. C’est impossible, les enfants veulent s’élancer tout de suite, le conjoint aussi, qui ouvre la descente. Allez, M’man, on y va ! Quand faut y aller…

    Et comme ils vont vite ce matin-là ! Tous trois dévalent comme des bombes sur la neige toute fraîche, anoraks gonflés, bâtons à l’oblique, corps dans la pente, attaquant les virages les genoux fléchis, faisant des boucles serrées quand la piste devient trop pentue, au début vous attendant un petit peu, pour la forme, mais à peine les avez-vous rejoints qu’ils repartent, cette fois-ci tout schuss, ivres de vitesse et de liberté. Bien, bien, bien. Qu’ils filent. Qu’ils bouffent de la neige à toute berzingue, qu’ils vous oublient. Chacun son rythme. Il n’y a personne sur la piste ce matin-là, vous ne risquez pas de percuter un surfer, avec votre anorak orange vif et votre style si singulier, on ne risque pas de vous rater. C’est toujours ça, pensez-vous en continuant prudemment la descente. Cela fait longtemps que vous avez renoncé à les suivre, et vous n’êtes pas près d’y arriver, avec toutes les cigarettes que vous avez fumées durant l’année et ces douleurs régulières que vous ressentez maintenant dans les genoux. Allons bon, ruminez-vous, il vous faudrait des articulations toutes neuves et de nouveaux poumons, mais enfin. A la montagne, vous ne fumez pas, l’air est trop vif. C’est toujours ça de moins dans les bronches, pensez-vous en plantant votre bâton, alors que votre fille vous attend, impatiente, un peu plus bas, pour vous recommander de ne pas rater l’embranchement vers "Les chamois", une piste verte rejoignant la station.

    On s’attend en bas, M’man ! vous lance-t-elle dès qu’elle aperçoit le pompon de votre bonnet. C’est ça. En bas. Va, file, glisse, dévale… Vous continuez, laborieusement, virage après virage, en vous demandant ce que vous faites là et pourquoi la douleur articulaire s’amplifie, mais heureusement, les premiers toits apparaissant au fond de la vallée, vous touchez au but. Un peu de courage. Une petite flexion sur les jambes et tant pis si ça fait mal, on pousse sur les bâtons, on prend un peu de vitesse en évitant de partir en vol plané sur les bosses, on freine…

    Et on se viande en beauté, après avoir exécuté son dernier virage.

    Paf.

    A l’arrêt.

    Le nez dans la neige.

    S’ensuit une douleur fulgurante, comme si un gros élastique avait claqué sec à l’intérieur du genou gauche. Lequel se métamorphose très vite en pamplemousse. En melon. En citrouille. Allo, les secours ?

    Bravo. Bien joué. C’est foiré.  

    Mais si par miracle, une heure de brancard plus tard, le médecin de la station vous apprend d’une voix claire que vos ligaments croisés sont rompus, et que l’opération eût été parfaitement envisageable si vous aviez eu vingt ans, mais que maintenant, vu votre âge, ça ne vaut plus le coup de tenter quoi que ce soit, alors seulement, le petit séjour aux sports d’hiver aura été bien foiré.


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  • foirer-pub-copie-1.jpg

    Aujourd’hui, en compagnie du jingle désormais populaire au café, selon lequel "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous risquons sur le terrain mensonger de la publicité, dont les bras tentaculaires s’étirent sur tous les rayons du supermarché, jusque sur les paquets de croquettes pour chat Puranimo.

     

    Comment bien foirer son excursion au pays des publicitaires

    par Ysiad

     

    L’heure est grave. Vous voici à votre table, en train de rédiger un courrier au très opulent groupe Problicis, non pour lui proposer votre candidature mais celle de votre chat de gouttière, suite à l’achat de deux paquets de croquettes proposant, à l’intérieur d’un dépliant collé à l’emballage, un jeu-concours si alléchant que ce serait péché de pas participer. A en croire votre fille, vous seriez une bien mauvaise maîtresse, si vous boycottiez l’occasion qui vous est donnée d’admirer un jour, dans les journaux, la photo couleur de Patou étalée sur une pleine page ! Il suffit d’écrire que Patou raffole de ses nouvelles croquettes, c’est tout ! Tu peux tout de même faire ce petit effort pour lui ! Oui, bien sûr, vous le pouvez. Objectivement, il est tout à fait concevable que vous rédigiez un témoignage à la con selon lequel votre grand adepte de la sieste sur un radiateur tiède a miraculeusement retrouvé son instinct de chasseur et son goût pour le jeu, grâce aux bienfaits des croquettes Puranimo sur son métabolisme. D’accord, avez-vous dit à votre fille, non sans imaginer déjà la bête de fourrure en gros plan dans la presse nationale, mais surtout pas un mot à Papa, et toi et ton frère signez cette lettre aussi, ça aura plus de poids.

    C’est ainsi que le soir même, une missive cosignée, libellée à l’adresse de Problicis Dialogue – Jeu concours Puranimo, est déposée clandestinement à la poste du Louvre, cependant que le conjoint reprend au stylo rouge, en soupirant, les sources d’un élève selon lesquelles le Cogito, ergo sum aurait été écrit par Jean-Paul Sartre, écrivain corse de la fin du dix-neuvième siècle.

    Et puis bon, ensuite, les jours passent, c’est leur boulot, entraînant les semaines les unes derrière les autres, jusqu’à ce qu’un beau jour, le téléphone sonne, c’est aussi son boulot, mais comme vous n’êtes pas là, le conjoint, qui, lui, est là et tape au clavier un extrait des Pensées de Pascal pour l’intégrer au corrigé qu’il va distribuer tout à l’heure à sa classe de littéraires, décroche.

    Allô, Monsieur B. ?

    C’est moi, fait-il, cherchant à reconnaître la voix dans le combiné. – Pépin Pipeau, de Problicis Dialogue. Vous êtes bien le maître de Patou ? – Certes, répond-il, vaguement intrigué. – Nous avons la joie de vous annoncer que votre chat a été sélectionné parmi trois mille autres candidats, et qu’il a d’ores et déjà gagné des tas de cadeaux, dont une séance exclusive de photo par un photographe animalier, qui donnera lieu à la publication de son portrait couleur dans les journaux !

    Maintenant, c’est à vous. Le conjoint attend des explications. Allez, débrouillez-vous, étayez solidement votre point de vue, défendez votre position et celle du chat, qui commence à s’impatienter devant sa gamelle. Patou a été retenu ! concluez-vous en versant au matou les croquettes de la gloire, émoustillée à l’idée de lancer sa carrière. Il y a tout de même une petite chose, fait le conjoint à demi convaincu, mais secrètement flatté que la bête ait réussi à coiffer au poteau tant de concurrents. On m’a dit que ton nom apparaîtrait à côté de la photo, à la suite du témoignage.

    Argl. Gloups. L’imprévu est de taille. Vous blêmissez. Verdissez. Virez écrevisse. La situation est cornélienne. Vous ne pouvez pas signer ce témoignage, c’est inconcevable, ce prénom d’Ysiad est si particulier qu’il vous démasquerait tout de suite! Imaginons une seconde que mon chef de service tombe là-dessus, avancez-vous. Ma carrière est brisée, je suis grillée à vie. Signe, toi, je t’en prie à genoux, suppliez-vous. Bon. On hésite un peu, mais on va voir ce qu’on peut faire. On va réfléchir, on n’est pas prof de philo pour rien.

    C’est ainsi que quelques jours plus tard, le maître et le chat s’engouffrent dans un taxi pour les studios de Levallois-Perret, munis d’un contrat stipulant que Monsieur B. signera le témoignage à côté de la photo, et que Problicis détiendra une exclusivité de cinq ans sur le droit à l’image du sujet fourré dénommé Patou, afin de dissuader la concurrence de se servir de son minois à des fins commerciales.

    Au bout d’une heure à faire le pied de grue dans une petite pièce avec le chat et vingt-cinq autres félins miaulant dans leurs boîtes, la séance de photo a démarré, au cours de laquelle Patou s’est montré stressé et nerveux, refusant d’attraper la souris qu’agitait le photographe animalier, mais mordant sauvagement sa main avant d’aller se planquer sous une table, a relaté le conjoint en vous remettant un bol doseur et deux paquets de croquettes petit format avec la photo témoin de la bête toute hérissée de peur, censée paraître dans la presse.

    Bien maigre butin. Si maigre que oui, bravo, pan dans l’objectif : c’est foiré.

    … Mais si par miracle, six mois plus tard, parmi le cahier publicitaire d’un magazine de mode féminin faisant étalage de sacs, robes, montres et parfums coûteux, vous repérez la photo de la star à moustaches réduite aux dimensions d’une vulgaire vignette, coincée entre d’autres photos de chats de gouttière très ordinaires, alors seulement, la petite excursion au pays des publicitaires aura été bien foirée.

     


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