• Bête à concours

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    Aujourd’hui, en compagnie du jingle désormais populaire au café, selon lequel "foirer, c’est bien, mais bien foirer, c’est mieux", nous nous risquons sur le terrain mensonger de la publicité, dont les bras tentaculaires s’étirent sur tous les rayons du supermarché, jusque sur les paquets de croquettes pour chat Puranimo.

     

    Comment bien foirer son excursion au pays des publicitaires

    par Ysiad

     

    L’heure est grave. Vous voici à votre table, en train de rédiger un courrier au très opulent groupe Problicis, non pour lui proposer votre candidature mais celle de votre chat de gouttière, suite à l’achat de deux paquets de croquettes proposant, à l’intérieur d’un dépliant collé à l’emballage, un jeu-concours si alléchant que ce serait péché de pas participer. A en croire votre fille, vous seriez une bien mauvaise maîtresse, si vous boycottiez l’occasion qui vous est donnée d’admirer un jour, dans les journaux, la photo couleur de Patou étalée sur une pleine page ! Il suffit d’écrire que Patou raffole de ses nouvelles croquettes, c’est tout ! Tu peux tout de même faire ce petit effort pour lui ! Oui, bien sûr, vous le pouvez. Objectivement, il est tout à fait concevable que vous rédigiez un témoignage à la con selon lequel votre grand adepte de la sieste sur un radiateur tiède a miraculeusement retrouvé son instinct de chasseur et son goût pour le jeu, grâce aux bienfaits des croquettes Puranimo sur son métabolisme. D’accord, avez-vous dit à votre fille, non sans imaginer déjà la bête de fourrure en gros plan dans la presse nationale, mais surtout pas un mot à Papa, et toi et ton frère signez cette lettre aussi, ça aura plus de poids.

    C’est ainsi que le soir même, une missive cosignée, libellée à l’adresse de Problicis Dialogue – Jeu concours Puranimo, est déposée clandestinement à la poste du Louvre, cependant que le conjoint reprend au stylo rouge, en soupirant, les sources d’un élève selon lesquelles le Cogito, ergo sum aurait été écrit par Jean-Paul Sartre, écrivain corse de la fin du dix-neuvième siècle.

    Et puis bon, ensuite, les jours passent, c’est leur boulot, entraînant les semaines les unes derrière les autres, jusqu’à ce qu’un beau jour, le téléphone sonne, c’est aussi son boulot, mais comme vous n’êtes pas là, le conjoint, qui, lui, est là et tape au clavier un extrait des Pensées de Pascal pour l’intégrer au corrigé qu’il va distribuer tout à l’heure à sa classe de littéraires, décroche.

    Allô, Monsieur B. ?

    C’est moi, fait-il, cherchant à reconnaître la voix dans le combiné. – Pépin Pipeau, de Problicis Dialogue. Vous êtes bien le maître de Patou ? – Certes, répond-il, vaguement intrigué. – Nous avons la joie de vous annoncer que votre chat a été sélectionné parmi trois mille autres candidats, et qu’il a d’ores et déjà gagné des tas de cadeaux, dont une séance exclusive de photo par un photographe animalier, qui donnera lieu à la publication de son portrait couleur dans les journaux !

    Maintenant, c’est à vous. Le conjoint attend des explications. Allez, débrouillez-vous, étayez solidement votre point de vue, défendez votre position et celle du chat, qui commence à s’impatienter devant sa gamelle. Patou a été retenu ! concluez-vous en versant au matou les croquettes de la gloire, émoustillée à l’idée de lancer sa carrière. Il y a tout de même une petite chose, fait le conjoint à demi convaincu, mais secrètement flatté que la bête ait réussi à coiffer au poteau tant de concurrents. On m’a dit que ton nom apparaîtrait à côté de la photo, à la suite du témoignage.

    Argl. Gloups. L’imprévu est de taille. Vous blêmissez. Verdissez. Virez écrevisse. La situation est cornélienne. Vous ne pouvez pas signer ce témoignage, c’est inconcevable, ce prénom d’Ysiad est si particulier qu’il vous démasquerait tout de suite! Imaginons une seconde que mon chef de service tombe là-dessus, avancez-vous. Ma carrière est brisée, je suis grillée à vie. Signe, toi, je t’en prie à genoux, suppliez-vous. Bon. On hésite un peu, mais on va voir ce qu’on peut faire. On va réfléchir, on n’est pas prof de philo pour rien.

    C’est ainsi que quelques jours plus tard, le maître et le chat s’engouffrent dans un taxi pour les studios de Levallois-Perret, munis d’un contrat stipulant que Monsieur B. signera le témoignage à côté de la photo, et que Problicis détiendra une exclusivité de cinq ans sur le droit à l’image du sujet fourré dénommé Patou, afin de dissuader la concurrence de se servir de son minois à des fins commerciales.

    Au bout d’une heure à faire le pied de grue dans une petite pièce avec le chat et vingt-cinq autres félins miaulant dans leurs boîtes, la séance de photo a démarré, au cours de laquelle Patou s’est montré stressé et nerveux, refusant d’attraper la souris qu’agitait le photographe animalier, mais mordant sauvagement sa main avant d’aller se planquer sous une table, a relaté le conjoint en vous remettant un bol doseur et deux paquets de croquettes petit format avec la photo témoin de la bête toute hérissée de peur, censée paraître dans la presse.

    Bien maigre butin. Si maigre que oui, bravo, pan dans l’objectif : c’est foiré.

    … Mais si par miracle, six mois plus tard, parmi le cahier publicitaire d’un magazine de mode féminin faisant étalage de sacs, robes, montres et parfums coûteux, vous repérez la photo de la star à moustaches réduite aux dimensions d’une vulgaire vignette, coincée entre d’autres photos de chats de gouttière très ordinaires, alors seulement, la petite excursion au pays des publicitaires aura été bien foirée.

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 25 Janvier 2011 à 17:53

    Encore, encore, encore ! Merci, Ysiad.

    Une petite remarque : le texte suggère que "je pense donc j'essuie" est une pensée de Pascal. alors, si c'est le cas, il faut dire à Hervé de s'incrire à un stage intensif de recyclage.

    2
    Samedi 29 Janvier 2011 à 15:59

    Moin Lza, c'est avec une bouteille de vin Nicolas sur laquelle il y avait un épicier qui tenait une bouteille de vin Nicolas..., et c'est pour cela que je suis devenu infiniment soiffard. Alors, il y a des dangers aussi dans la pub (vous reprendrez bien une petite pillule de Médiateur ?) 

    3
    Samedi 29 Janvier 2011 à 16:13

    Tout cela, Ysiad, est très amusant en effet. La cerise sur le gâteux, c'est que dans le polar que je suis en train d'écrire, il y a  un spirite qui est mis en cause. C'est sûrement lui pour se venger ! 

    4
    Lza
    Samedi 23 Août 2014 à 18:19

    Ne dîtes pas trop de mal de la Pub, parfois,elle fait penser: il y a très longtemps, avant votre naissance sans doute, la vue de la Vache qui rit, avec ses boucles d'oreilles décorées d'une autre vache qui rit, avec ses boucles d'oreilles....etc, m'a fait approcher l'idée de l'infini. Vu mon âge tendre à l'époque, c'était une performance! A part ça,c'est très utile pour savoir quels produits éviter.

    5
    ysiad
    Samedi 23 Août 2014 à 18:19

    Bonjour, Liza. Loin de moi l'idée de me moquer de la Vache qui rit, elle et moi avons les mêmes origines. Il s'agissait plutôt de se moquer de soi, en tout cas j'ai essayé. Je suis tombée dans le panneau que me tendaient les publicitaires avec cette histoire de jeu-concours, et en fin de compte on a rien gagné du tout, on a plutôt perdu du temps. La publicité est ce qu'elle est, j'en ai plutôt après les publicitaires voyez-vous qui agitent des hochets pour les gens crédules comme moi. Mais comme dans la Fable, on ne m'y reprendra plus !

    6
    ysiad
    Samedi 23 Août 2014 à 18:19

    Mais écoute Jean, c'est dingo, ce truc ! Je réponds et tu réponds au même moment ! Si ça continue je vais me mettre à croire aux esprits ! Ouh ouh esprit, es-tu là ?

    Vite, une table !

    7
    ysiad
    Samedi 23 Août 2014 à 18:19

    Mystère et goule de bomme.

    8
    Lza
    Samedi 23 Août 2014 à 18:19

    Oh, la vache!

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