• C’est une plongée dans les limbes informatiques que nous propose Ysiad pour ce grand retour de la rubrique " Au cœur de… "

    Informatique, tique, tique…


    Début du vidage de la mémoire physique... Salopard d'ordinateur. Immonde machin moderne, va te faire voir en enfer avec ta carte mère et toutes tes puces électroniques ! L'horreur absolue. Putain, quel crépuscule. Ouhhhh! Je meurs. Je suis morte, laissez-moi mourir tranquille, je flotte déjà sur le ventre au milieu d'un océan de papier. Non, vous ne pouvez rien pour moi les enfants, personne ne peut rien pour moi, l'ordinateur a implosé et tous mes textes avec. Si, tous. Les achevés, les sur le point de l'être, les en gestation, les pensées d'un soir, les folies d'un jour, les embryons d'idée, les brouillons, les impulsions alcoolisées... Tout. Je vous dis de me laisser, et puis pas de compassion, surtout. Allez-vous en, fermez la porte derrière vous bon sang, et adieu. Bonsoir.

    Purée purée purée, qu'est ce que je vais faire ? Six années de travail liquidées, évaporées, en une seconde chrono, le néant à l'écran. Même pas une étincelle de vie qui pourrait me laisser un semblant d'espoir. Je n'ai plus d'espoir. Plus rien ne s'allume, vide abyssal, à moi les gouffres amers de Baudelaire. Plus de mots, plus de texte défouloir, plus aucune nouvelle, même pas le plus petit brouillon à triturer sur le clavier... Fichu, foutu, tout est foutu. Pas possible. C'est pas possible ! Ouhhhh ! Début du vidage de la mémoire physique... J'aurais dû me méfier de ce message dès le début, appeler dare-dare le service après-vente, au lieu de me demander ce que ça pouvait bien vouloir dire ! Et ce crétin de téléphone qui sonne. Mais tais-toi donc, stupide engin beuglard, pourvu que ce ne soit pas ma belle-mère, j'en ai pour une heure à garder mon calme en m'arrachant la peau des joues.

    Allô ? Ah, c'est toi, Maman. Je préfère ça. Mal. Très mal, au plus mal, au bord du Styx. Mon ordinateur vient de crasher, oui, une implosion en plein vol alors que j'étais en train d'écrire un texte vertigineux sur le thème de la dent. Oui, ça existe, tout existe, il y a eu des thèmes sur le pied, sur la main, sur le nez, maintenant c'est sur la dent, et j'étais en train de trouver des jeux de mots fabuleux sur les dents, quand tout a planté. Net ! Plus rien. Kaput. Adios, amigos. Il ne me reste rien ! Comment ça : C'est pas dramatique ? Répète moi ça un peu pour voir ? Koâ ? Me calmer ? Mais je ne PEUX PAS me calmer ! Tu me dis que c'est pas dramatique si j'ai plus d'ordinateur ? Mais tu veux ma mort. Ma propre mère veut ma mort. Si, tu la veux, ne nie pas. Tu veux que je crève avec l'ordinateur. Tu n'as jamais aimé mes textes, oui ! Jamais, jamais, jamais ! Quand j'ai le malheur de t'apporter un recueil comme une relique, tu me dis merci. C'est limite. Merci, c'est le minimum syndical, c'est tout. C'est pas beaucoup, non. J'aurais bien voulu un gros maximum syndical avant que l'ordinateur n'implose. Parfaitement. Il a implosé. Quand un avion se crashe, il explose, quand un ordinateur se crashe, il implose, c'est comme ça. Et tiens, je devine même de la fumée à l'intérieur ! Une grosse fumée bien épaisse avec toutes mes nouvelles dedans ! Tout est parti en fumée, Maman... Tous mes mots sont morts. Décédés. Crevés, calcinés. Mais non, Maman. Tu dis n'importe quoi. Comment veux tu que je retrouve mes textes dans ma tête ? C'est impossible. Le cerveau est une machine bien trop complexe pour remonter son cours, d'autant que j'écris d'abord au crayon, et ensuite à l'écran... Entre le crayon et l'écran, il y a un océan, Maman. Tu ne peux pas comprendre, mais je sais de quoi je parle. D'autant plus qu'il n'y a pas que le papier et l'écran, il y a aussi les post-it ! Parfaitement. Maintenant comment veux-tu que je retrouve le cheminement subtil qui mène aux post-it de la corde à linge ?... Mais non bien sûr, je ne suis plus sous garantie. La fin de la garantie, c'était le mois dernier. Pas de bol, je sais. Ah je t'en prie, ne compatis pas, j'ai horreur de la compassion forcée, ça coule dans le téléphone. Tu les as, les recueils que je t'ai confiés ? Koâ ? Tu t'en es servie cet hiver pour démarrer ton feu dans la cheminée ? Mais pourquoi tu les as pas gardés ? Koâ ? C'était pas aussi bien que Pirandello ? Mais Maman ! Comment peux-tu dire une chose pareille ? Tu auras beau chercher, plus personne n'écrit comme lui, va donc faire un tour au Salon du Livre... Pirandello était un génie, Maman. Les génies, il faut les relire avec passion, aimer le monde qu'ils vous donnent et les reposer sur l'étagère des génies en les regardant comme des étoiles inaccessibles. Ils n'ont pas besoin d'ordinateur ni de corde à linge pour renforcer leurs phrases, eux. Ils écrivent vingt feuillets d'une traite, ils jettent un peu de poudre d'or sur leur encre, et ensuite, pfouit, ils courent cueillir des pâquerettes... Oui, j'en avais beaucoup. Un bon paquet. 211, comme Pirandello. Je plaisante. 112 merdiques et 2 sublimes... Je ne sais pas ce que je vais faire, je vais appeler un dépanneur. Mais non, je ne vais pas faire de bêtise avec la corde à linge ! Je vais m'acheter une Olivetti double bande dès demain, et basta.

    Ciao, Maman.

    Tout de même. Me payer un crash pour m'entendre dire que je n'écris pas comme Pirandello...

                                                                                                                Ysiad


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  • Pour la rubrique " Au cœur de … " Ysiad nous propose un reportage dans les coulisses du sport de haut niveau…

     

     

    J POINT P

     

    Bonjour les enfants. Je me présente : Poustaud Jean-Paul, J POINT P, vot’ nouveau prof’ de gym. Quelqu’un dans cette classe peut-il me dire pourquoi je précise bien : J POINT P ?

    - Moi M’sieur.

    - Vas-y.

    - Parce qu’il y a plusieurs Jean Paul.

    - Pas du tout. Suivant.

    - Parce qu’on peut confondre avec Jean Pierre.

    - Du tout. Suivant.

    - Parce que vous avez un frère.

    - Parce que j’ai un frère. Bravo Chouchou. Même qu’il s’appelle Christophe, et qu’il est aussi prof de gym ici, dans le même bahut, ça prête à confusion et ça explique pourquoi je tiens beaucoup à J POINT P. Ça permet de faire le distinguo entre collègues. Je dis bien : collègues. Sachez que dans l’éducation nationale, y a plus de lien de parenté qui tienne, on est une immense famille de collègues, Poustaud Christophe, c’est plus un frère mais un collègue, c’est pour ça que je précise bien J POINT P, pour qu’on me prenne pas pour mon frère, prof de gym dans le même collège. Des questions ?

    - Moi, M’sieur !

    - Comment tu t’appelles ?

    - Gabriel.

    - Gabriel. Vas-y.

    - C’est rapport à votre frère…

    - COLLEGUE !

    - Collègue. Il est dans quelle classe ?

    - On s’en fiche puisque vous avez J POINT P pour prof de gym ! Retenez bien. J POINT P. Bon. Passons aux horaires. Qui c’est qui connaît les horaires de gym ?

    - …

    - Personne ? Je récapitule. On va se voir trois fois par semaine, une heure le lundi de 9 à 10, deux heures le mercredi de 10 à 11 et une heure le vendredi de 15 à 16, soit trois heures en tout, c’est du lourd. Du très lourd. Tiens, toi, chouchou, distribue la feuille des horaires à tes p’tits camarades. Bon. Parlons terrain. Il y a le grand terrain et le petit terrain. Alors : quelqu’un peut me dire sur quel terrain on va faire de la gym ?

    - …

    - Personne ? Bon. On va faire de la gym sur les DEUX terrains ! Sur le grand terrain on va faire du foot, du basket, du base-ball et des tours de pelouse, minimum cinquante pour s’échauffer, et s’agira pas de s’inventer des crampes au pied pour les dispenses. Sur le petit terrain, on va faire du volley-ball, du hand-ball, et des passes à dix. Pas de questions ?

     - …

    - Parfait. Passons au gymnase. Au collège, il y a deux gymnases. On va partager un gymnase avec la 6ème 4, dont le prof de gym s’appelle Poustaud Christophe, alors attention. Faudra pas vous tromper. Quand vous demanderez Monsieur Poustaud, faudra bien préciser : J POINT P. Donc dans le gymnase, on fera la même chose que sur les terrains, sauf qu’en hiver on sera chauffés. Des questions ? Toi, là-bas, c’est quoi, ton nom ?

    - Maurice.

    - On t’écoute Maurice.

    - Ben heu… Est-ce qu’il y a des douches ?

    - Excellente question. Justement oui. Depuis cette année, il y en a. Et il y a aussi des vestiaires pour se changer. Des vestiaires filles pour les filles, et des vestiaires garçons pour les garçons.

    - Mais heu… Est-ce qu’on sera obligés de prendre des douches ?

    - Alors là chacun fait comme il veut. Si tu veux rester crade, tu te laves pas ! Avec J POINT P, la douche n’est pas obligatoire. Qu’on se le dise. Passons au stade. Pour aller au stade, il faudra prendre le car de 9 heures dix.

    - Mais si on est malade ?

    - Quoi, malade ? Précise.

    - Si j’ai mal au cœur….

    - Ben Chouchou si t’as mal au coeur, tu te mettras à côté de moi côté vitre, comme ça on sera parés. Passons au matériel. C’est simple. Ouvrez bien vos oreilles, je le répéterai pas. Je veux pas de tenue sportive. Une tenue sportive, c’est ce que je porte maintenant. Un sweat, un pantalon mou, des baskets à scratch. C’est pas bon, ça. Du tout. Je veux une tenue de sport. Nuance. Quelqu’un peut me dire ce que J POINT P veut dire par : Tenue de sport ?

    - …

    - Bon. Explication. Une tenue de sport c’est un survêtement conçu pour l’usage du sport et non pour repeindre l’appartement ou descendre les poubelles. Un survêtement, donc, à couleurs coordonnées, sans fioritures ni ficelles ni tous ces trucs qui pendouillent pour faire joli, rien que du sobre, qui permette de faire des mouvements amples, d’être à l’aise dans ses gestes. Pour les chaussures, je veux de vraies baskets à semelle en plastique amortisseur, qui aèrent le pied, le détendent, lui permettent de donner tout son punch dans la course à pied, lui laissent sa liberté de pied sans le comprimer, en somme des baskets pour que le pied puisse s’épanouir. Par exemple toi, là devant, fais pas ces yeux là, je vais pas te manger, J POINT P est gentil avec les enfants, c’est pas comme Poustaud Christophe, qui lui les mange, eh ben toi par exemple, t’es pas en tenue de sport. Le haut ça va, le bas aussi, mais voilà : t’as pas les bonnes chaussures.

    - Mais… C’est des Puma, M’sieur

    J POINT P…

    - Je dis pas, c’est très bien les Puma, mais ce sont pas les bonnes chaussures avec des trous pour aérer la voûte plantaire.

    - C’est Maman qui me les a achetées exprès pour le sport.

    - Eh ben ta Maman pouvait pas savoir, voilà tout. C’est pas grave, on s’arrangera. Qui c’est qu’a des Puma dans la classe ?... Vous avez TOUS des Puma ? Pas possible. Dix mois avec trente cinq paires de Puma, ça va puer des pieds, je vous dis pas. Bon. On va s’en sortir. Faudra prendre des douches. Beaucoup. Toi Chouchou là-bas au fond, arrête de rire. Y a pas de quoi rire tu sais, vraiment pas. J’ai 58 ans, je suis encore jeune mais je manque de mémoire, c’est comme ça, donc toutes les filles je les appelle : Chouchou. Faudra vous y faire. Toi par exemple, Chouchou, là, qu’est ce que tu fricotes dans tes papiers ?

    - Rien, M’sieur. Je cherche l’emploi du temps.

    - Il circule. Tu vas l’avoir. Plus de questions ? Bon ben il reste dix minutes, on va aller faire un foot dans la cour, y a justement mon collègue Poustaud Christophe en bas avec ses élèves. Allez zou !

    Ysiad


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  • L'heure est à la réforme dans l'enseignement... Comme toujours, profitons des vacances pour soumettre à la consultation et au débat les décisions incontestables arrêtées par la commission de modernisation des programmes éducatifs. Le rapporteur, Jean Calbrix, un professeur de la nouvelle école, s’est autorisé à rendre compte de la mise en œuvre du chantier telle qu’il a pu la vivre de l’intérieur.

     

    à Jean-Paul

    La situation était alarmante. Les caisses de l'état étaient vides. On n’allait bientôt plus pouvoir verser le salaire du Président. Le gouvernement multiplia les commissions pour examiner les dépenses superfétatoires. On réalisa que l'Éducation Nationale - et plus particulièrement l'enseignement des mathématiques dans les collèges - était un gouffre. Tout un aréopage - doctes inspecteurs généraux, parlementaires, personnalités connues pour l’intérêt porté aux choses éducatives - dirigé par le Ministre en personne, passa à la loupe les programmes pléthoriques que les enseignants devaient inculquer aux chères têtes bondes (et souvent brunes).

    Les triangles furent les premiers à subir l'attaque frontale. Il fut avancé que l'étude des triangles quelconques était une ineptie. Pourquoi une telle notion vague, propre à brouiller les jeunes esprits, était-elle enseignée ? De surcroît, ces triangles de guingois représentaient un obstacle à l'approche de la vision harmonieuse de l'univers. Seul le triangle équilatéral par sa simplicité et son esthétisme trouva grâce à leurs yeux. On biffa donc tout ce qui ne concernait pas l'équilatéralité et deux centaines d'heures d'enseignement - ou plutôt de gaspillage enseignemental - furent économisées. Bien sûr, un vieux schnock qui avait dû connaître les dinosaures fit remarquer que Pythagore passait à la trappe. Ce fut un tollé. Comment en 2008 pouvait-on encore se préoccuper de ces choses obsolètes datant de plus de 2.500 ans ? Dans la foulée, les quadrilatères subirent le même sort. Il n'y eut que le carré qui ne resta pas sur le carreau. Et puis, tout ce qui n'était franchement pas rond - l'ellipse, la parabole, l'hyperbole - fut considéré comme faribole. On les élimina rondement. L'économie en heures passa d'un bond de 200 à 600.

    Devant ces résultats encourageants, la commission s'attaqua avec enthousiasme à l'algèbre. Elle remarqua qu'additionner, soustraire et multiplier des lettres, quand on ne les divisait pas, étaient d'une aporie sans nom. Et puis, pouvait-on encore laisser traîner dans les manuels cette expression sibylline et absconse "soit x l'inconnue" plongeant les élèves dans une perplexité sans fond, puisque cette inconnue logeait de manière immuable à la 24 ième place dans l'alphabet ? Les chiffres ne devait pas être mélangés aux lettres, un peu d'ordre était nécessaire : les uns aux maths, les autres au français ! Et le célèbre jeu télévisuel ne s'en porterait que mieux. Il est vrai qu'il était un peu dur, même pour un ministre, de jouer au compte est bon avec des lettres. Quant au mot le plus long avec des chiffres ? Bref, on économisa ainsi plus de mille heures.

    L'euphorie gagna la commission. Après avoir soulevé ce lièvre, elle en souleva un autre dans la foulée. On avait parlé d'opérations mais on n'en avait pas discuté. Quelqu'un fit remarquer qu'un ministre du passé avait déjà fait œuvre de simplification hardie en supprimant allègrement la division au CM, allégeant substantiellement le fardeau des maîtres et des élèves. Aucune heure ne fut économisée, mais la route était toute tracée pour en faire au collège. Si la division était inaccessible à l'école, elle ne l'était pas moins au CES. Certains dirent même qu'elle ne pouvait trouver sa place qu'à Sciences-Po pour illustrer l'adage "Diviser pour régner" devant nos futurs penseurs. On décida donc de biffer le mot division des programmes. Le grognon de service qui avait plaidé pour Pythagore intervint pour défendre sa grande utilité dans les partages d'héritages. Un inspecteur le toisa en rétorquant que les partages en parts égales n'étaient qu'une vue de l'esprit. N'avait-on pas encore en tête l'incident de Soisson où Clovis dut réprimer sévèrement un de ses reîtres qui avait fait voler en éclat un vase qui revenait légitimement au maître après le sac de la ville ?

    On débattit longuement de la soustraction. Le secrétaire de séance biffait, gommait biffait, gommait... On tomba finalement d'accord pour offrir aux élèves des soustractions rondes et carrées, partant sans retenues. Il était vrai que ce mot de retenue était à proscrire car créant des traumatismes irréversibles dans la tête des élèves comme le fit remarquer un éminent psychothérapeute. Le gain en heures atteignait des sommets. Cependant, le Ministre avait placé la barre un peu haut et le compte n'y était pas encore. Alors, un secrétaire d'État émit l'idée révolutionnaire : "Et si on se passait des quatre opérations ?". Monsieur Hewlett-Packard qui somnolait dans son coin, sursauta. Il avait arraché haut la main le marché des calculettes. La proposition du secrétaire d'État risquait de le lui faire perdre. Il protesta avec véhémence. Le ministre le rassura tout de suite. Le cours des bûchettes avait encore augmenté, les machines de monsieur Hewlett-Packard pouvaient habilement se substituer à ce matériel onéreux. On les distribuerait donc aux élèves de CP voire de maternelle pour qu'ils s'initient au dénombrement. Et si, par hasard, certains d'entre eux remarquaient qu'en appuyant sur les touches, il s'affichait des nombres, peut-être que, finalement, découvriraient-ils tout seuls les vertus des opérations, ce qui mettrait aux anges les tenants de l'auto-apprentissage.

    L'objectif était atteint. La commission se sépara grandement satisfaite de ses travaux et vota une augmentation de salaire de 200% pour le Président et une forte prime de rendement pour le Ministre.

    Jean Calbrix


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    Lecture éclairée, expliquée, commentée, interprétée, incarnée, c’est tout cela à la fois que nous conte Jean-Paul Lamy avec ce poétique retour en classe de français pour " Au cœur de… "

     

     

    Déjà !

    L’un des événements les plus marquants, les plus déterminants de la vie de Baudelaire fut sans doute certain long voyage à bord du " Paquebot des Mers du Sud ".. Nous savons que sa poésie s’en trouva imprégnée de parfums, de sons, de couleurs exotiques. Quand on dit " sa poésie ", on oublie parfois un peu " les Petits poèmes en prose ", cette tentative d’écrire une prose libérée de la dictature de la rime et du mètre mais qui, par ses rythmes, ses images, ses sonorités, ses thèmes évoque irrésistiblement la poésie, est de la poésie.

    En je ne saurais plus trop dire quelle année, alors, disons, il y a trente-cinq ans de cela et nous ne serons pas très loin de la vérité, j’enseignais le français dans une oasis du Sud algérien, une île, verte de milliers de palmiers, cernée de tous côtés par des vagues de sable blond. Trente-cinq ans, pensez donc : c’était au siècle dernier, bien avant qu’internet ne vînt rétrécir le monde en le prenant dans ses filets, c’était la Préhistoire, en somme…

    " Quel rapport avec Baudelaire ? ", me demandera-t-on. J’y viens.

    J’enseignais donc au lycée de cette oasis… Un jour, établissant, pour les semaines à venir, un programme de ce que l’on ne doit plus, aujourd’hui, appeler " lecture expliquée ", j’arrêtai mon choix sur un poème en prose de Baudelaire : " Déjà ! " " Cent fois, déjà, le soleil avait jailli, radieux ou attristé, de cette cuve immense de la mer dont les bords ne se laissent qu’à peine apercevoir ; cent fois, il s’était replongé, étincelant ou morose, dans son immense bain du soir… " Et Baudelaire, évoquant ce long voyage en bateau, développe… déjà un thème qui lui est cher : la solitude du poète, la bassesse des autres passagers qui se plaignent de vivre depuis si longtemps les pieds sur un sol mouvant, de toujours manger de la viande salée… Et puis, un jour, une terre est annoncée, on s’en approche, on touche au but et, quand, fuyant le navire, les passagers s’écrient " Enfin ! ", le poète, qui, lui, quitte à regret l’océan et ses beautés, soupire " Déjà ! "

    Un texte court, dense, très beau. Celui que je préfère, sans doute, parmi ces poèmes en prose…

    Lorsque je faisais étudier des poèmes, ayant le souci de proposer une lecture aussi parfaite que possible, j’avais recours, comme tout le monde, à des enregistrements de ces textes dits par tel ou tel acteur. Des fables de La Fontaine, des œuvres d’Hugo, de Verlaine, de Musset, de Rimbaud, de nombreux poèmes des " Fleurs du Mal " ont ainsi été enregistrés par les plus grands comédiens de l’époque. Mais les " Petits poèmes en prose ", je ne trouvais pas.

    J’avais un peu de temps devant moi, c’était donc jouable : je décidai de demander à un comédien d’enregistrer ce texte, rien que pour ces élèves que j’embarquerais avec moi dans l’analyse de cette belle page. J’écrivis une lettre que j’adressai à un grand hebdomadaire en lui demandant de faire suivre.

    En racontant ce souvenir, je voudrais rendre hommage à un artiste aujourd’hui disparu : Jean-Louis Barrault.

    Oui, car il me répondit et sa lettre était accompagnée d’une bande magnétique que j’écoutai avec ravissement. Il avait certes enregistré le texte mais, l’ayant fait au cours des tout premiers jours de janvier, il commençait par présenter ses vœux aux élèves… Et puis, il se lançait dans une comparaison entre la solitude du poète et celle du comédien - un parallèle auquel, pour ma part, je n’aurais pas songé - et il citait d’autres textes que Baudelaire avaient écrits sur ce thème, ajoutant que ce qui était dit là pouvait aussi bien concerner l’un que l’autre. Enfin, il nous confiait que certains de ces mots du poète mériteraient d’être gravés, un jour, sur la tombe d’un comédien… (A-t-on gravé des mots – ces mots – sur ce que l’on appelle pudiquement " sa dernière demeure " ? Je ne saurais le dire…)

    " Quand pourrons-nous manger de la viande qui ne soit pas salée comme l’élément infâme qui nous porte ? "  demandent les passagers du paquebot. Il y avait, dans la façon qu’avait le comédien de prononcer le mot " viande " tout à la fois le dégoût qu’inspirait la nourriture servie à bord et l’envie de la chair fraîche sur laquelle on se jetterait aussitôt débarqué.

    " Ils auraient, je crois, mangé de l’herbe avec plus d’enthousiasme que les bêtes. "  Jean-Louis Barrault mettait un tel mépris dans ces mots qu’il était impossible de ne pas imaginer l’isolement du poète au milieu de voyageurs aux préoccupations aussi triviales.

    A la fin de l’heure de cours, je réalisai que le comédien n’avait pas seulement magnifiquement lu un beau texte, il avait, par son analyse personnelle et par ses confidences, prolongé cette lecture (et… fait une partie de mon travail !). Il avait aussi, par sa présence presque physique, dans une classe de ce lycée construit à la sortie de la ville et dont les fenêtres s’ouvraient sur l’univers minéral du désert, montré que la littérature n’était pas uniquement le fait de cadavres enfermés entre les pages des livres, mais qu’ayant été vie, elle ne cessait jamais de l’être.
                                                                                                                Jean-Paul Lamy


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    Ysiad s’est emparée de la rubrique " Au cœur de… ", et c’est à une visite mémorable dans les arcanes de l’édition qu’elle nous convie. 

    Histoire belge

     

    Des mois que vous tergiversez, ruminez en vous rongeant les ongles, sans parvenir à vous décider. Vous avez très peur. Vous avez si peur qu’au moment de rassembler vos textes, vous attrapez le premier prétexte pour remettre à plus tard ce que vous rêvez de faire sans oser passer à l’acte. Tout en remplissant la gamelle du chat, vous vous reprochez vos velléités. Vous pensez : à quoi bon ? Ma prose changera-t-elle la face du monde ? Non seulement elle ne changera rien, mais elle ne laissera aucune trace dans la mémoire collective. Que suis-je, à côté du prix Pulitzer. Laissons la littérature à ceux qui ont du souffle, aux vrais grands écrivains.

    Vous prêtez une oreille attentive aux déboires de ceux qui écrivent autour de vous, et qui ont eu le courage, une fois dans leur vie, de rassembler leurs textes pour les glisser dans la boîte aux lettres. Que s’est-il passé ensuite ? Pas grand-chose. Aucun n’est mort en traversant la rue. La plupart ont reçu le même type de réponse : Bien que présentant des qualités stylistiques indéniables, votre manuscrit ne correspond pas à notre ligne éditoriale.

    La messe est dite. La ligne éditoriale est pire que la Ligne Maginot, sans failles, sans la moindre brèche. Vous savez d’avance que vous ne pourrez la franchir, que c’est impossible. Qui êtes-vous pour croire que vous passerez la barre, alors que des milliers d’autres se sont heurtés avant vous à un mur de béton ? Vous cherchez des exemples parmi les grands, pensez à Proust refusé par Gide. Vous vous persuadez que c’est inutile. Vous vous rabattez sur les concours de nouvelles.

    Et vous croisez les doigts pour décrocher un prix.

    Ce prix arrive. Il tombe du ciel de Belgique. Cadeau inespéré, manne providentielle. La ligne Maginot s’estompe. Vous vous réjouissez en silence, goûtez votre victoire en relisant votre nouvelle, satisfaite d’y trouver quelques qualités. Vous vous prenez à espérer en faisant tomber une double ration de croquettes dans la gamelle du chat. Votre texte va paraître dans un recueil, un vrai, bien relié, imprimé pour le compte des éditions Brodequin. Brodequin, ça rime avec Franquin, et vous y voyez un bon présage. Vous réfléchissez en caressant le dos du félin. Si votre texte est digne de figurer dans le recueil collectif des éditions Brodequin, pourquoi ne pas leur soumettre un manuscrit ? C’est envisageable. Vous rassemblez sept nouvelles sur une même thématique et décidez de vous rendre en Belgique pour la remise des prix.

    Un soleil pâle d’octobre vous accueille de l’autre côté de la ligne Maginot. Votre texte est lu dans un auditorium. Vous êtes émue en entendant la comédienne lire des mots que vous avez écrits sans trop y croire. Vous écrivez toujours sans trop y croire, pour le plaisir de faire couler un peu d’encre vive sur le papier. A la réception, vous rencontrez l’éditeur. Vous avez bu plusieurs verres de vin, pour tuer l’inhibition qui vous empoisse la langue. Vous l’abordez. Bonjour, je suis l’auteur d’un des textes du recueil collectif, il se trouve que j’ai sur moi un manuscrit, quel heureux hasard.

    L’éditeur a l’air intéressé. Alors vous tirez ledit manuscrit du sac en plastique et le lui remettez, le cœur battant.

    Rentrée en France, vous attendez, la tête pleine de souvenirs bruxellois, avec l’éditeur au centre, souriant comme un bouddha.

    Vous recevez un premier mail informel, vous mettant en garde en quelques mots.

    Brodequin reçoit plus de mille manuscrits par an. Si, dans un délai de trois mois, vous n’avez pas reçu de réponse de notre part, veuillez considérer que nous ne pouvons pas vous éditer

    Alors vous attendez, à cheval sur la saison glaciale et l’espoir brûlant. Une maille à l’endroit, un pouce à l’envers. Un mois. Deux mois. Les températures baissent, décembre s’étale aux vitrines de la ville. Janvier… 20 janvier.

    Vous n’en pouvez plus d’attendre. Vous envoyez balader la ligne Maginot et téléphonez. On vous apprend qu’en Belgique, il fait beaucoup plus froid qu’en France. Tous les éditeurs de Brodequin ont attrapé la grippe, il faut encore patienter.

    Dix jours. Quinze jours. Vingt neuf jours. A force de le lorgner, le téléphone se dédouble. Un matin, vous attrapez le combiné.

    On vous répond : Patience. Les lecteurs reviennent petit à petit, enroulés dans leurs écharpes belges. On va vous lire, quoi qu’il advienne.

    Vous relisez Flaubert, plantez des bulbes le week-end, mangez des frites, sautez sur un trampoline pour faire baisser l’adrénaline. Les jours passent dans la même torpeur inquiète.

    Un beau matin, ça fait dzoing dans la boîte à mails.

    Vous avez un message, qui a franchi la ligne Maginot sur des pieds d’argile.

    Vous l’ouvrez, le cœur dans la gorge.

    Madame,

    Votre recueil de nouvelles n'a pas été retenu pour publication par notre comité de lecture, et nous le déplorons.

    On ne peut pas vous éditer.

    Vous n’avez pas de style.

    Vos situations sont banales.

    Vos histoires n’ont accroché personne, de ce côté-ci de la frontière.

    On a préféré défendre des auteurs à forte personnalité, comme Duchmol, qui écrit sans verbes et sans les mains, ou Chmoldu, qui se passe des articles comme des pronoms. Des auteurs modernes.

    En outre et néanmoins, nous vous souhaitons de trouver un autre éditeur moins sévère que nous, qui saura promouvoir vos nouvelles, une fois.

    Editions Brodequin (Belgique)

    64 rue du Chmol – 6412 Quinquin

    Tel/fax 0032 43 54 76 98

    www.brodequin.be

    Le chat saute sur vos genoux. Vous caressez son pelage, dans des visions de bunker.

                                                                          Ysiad 


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  • instants-image.jpg

    Au cœur de… " se penche aujourd’hui sur ces lectures qui à l’adolescence nous ont ouvert au rêve de l’autre …

    Ce texte (extrait d'une longue nouvelle inédite) témoigne de l'expérience d'une lycéenne, du début des années cinquante... dont les rêves, les désirs, les fantasmes, les aspirations seront influencés et profondément perturbés par l'image idéale que les Romantiques véhiculent de l'amour, dans les textes qu'on lui fait étudier en cours et auxquels elle adhère totalement.

     

    par Yvonne Le Meur-Rollet

       

    / …/ Jamais personne n’avait invité Aline à danser. A chaque fois qu’elle était allée à un bal donné à la fin de l’année scolaire par le Lycée, elle avait passé son temps, assise sur un siège, le long du mur. Elle ne s’était jamais dissimulée dans l’ombre, pourtant. Avant le bal, elle avait participé à des conversations au milieu de ses copines. Des garçons lui avaient parlé, ils avaient tous ri ensemble, mais dès que la musique avait commencé, Lulu, Eliane, Michèle, Gisèle, Janine, Suzette et les autres... avaient toutes été invitées, et elle s’était retrouvée seule, sans cavalier. Au bout de quelques secondes, ayant eu l’impression désagréable de flotter comme un sac en papier que l’on jette d’une voiture en marche, et persuadée qu’elle était irrémédiablement laide, voire même repoussante, elle se résignait à aller s’asseoir. Elle évitait de prendre un air renfrogné, mais, au fur et à mesure que la soirée s’avançait, elle pensait toucher le fond de l’humiliation.

    Elle était bien obligée de l’admettre : jusqu’alors, Aline avait connu de plus grands bonheurs dans les salles de cours que dans les salles de bal. Aussi prenait-elle souvent plaisir à se souvenir d’un événement qui s’était produit deux ans auparavant...

    Cette année-là, Aline était en classe de seconde. Assise à sa place, au fond de la salle, elle écoutait Michèle, une de ses camarades, qui récitait un poème de Victor Hugo. Le professeur de français venait de l’inviter à dire quelques strophes de " Tristesse d’Olympio". Michèle connaissait parfaitement son texte, elle le dit sans trébucher, en respectant la diction imposée par les alexandrins et les hexasyllabes. Toute la classe était silencieuse, attentive comme à chaque fois qu’une élève était personnellement sollicitée par un professeur. Lorsque Michèle se fut rassise, Madame Bail, le professeur qui l’avait écoutée, impassible, laissa tomber : "Vraiment, Mademoiselle L., vous n’avez pas les accents qui conviennent aux amoureux romantiques..." Elle lui donna un dix sur vingt, ce qui sembla à toutes d’une sévérité exagérée. Aline, qui suivait Michèle sur la liste alphabétique, fut immédiatement appelée à se lever pour dire le même texte.

    Dans le silence, sa voix s’éleva, ferme. Dès les premiers vers, elle sentit que l’attention de son auditoire était totale.

    Les champs n’étaient point noirs, les cieux n’étaient pas mornes ;

    Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes

    Sur la terre étendu...

    A la quatrième strophe, Aline, portée par le texte, se laissa aller à exprimer l’émotion qu’elle avait ressentie en répétant sans fin le poème, dans la solitude d’un dimanche après-midi, à l’internat déserté par ses rieuses copines.

    Il chercha le jardin, la maison isolée,

    La grille d’où l’œil plonge en une oblique allée,

    Les vergers en talus.

    Pâle, il marchait… - Au bruit de son pas grave et sombre

    Il voyait à chaque arbre, hélas! se dresser l’ombre

    Des jours qui ne sont plus.

    Elle arrivait à la dixième strophe, fin de l’extrait qui figurait dans leur manuel :

    Que peu de temps suffit pour changer toutes choses!

    Nature au front serein, comme vous oubliez!

    Et comme vous brisez dans vos métamorphoses

    Les fils mystérieux où nos cœurs sont liés!

    Quand elle se rassit, le silence fut brusquement troublé par un bruit de sanglots. Gisèle, assise au premier rang, était en larmes. Aline ne réalisa pas tout de suite que c’était elle, ou plutôt les vers de Victor Hugo, qui avaient provoqué ce déluge. Rougissante de confusion, elle reçut une excellente note accompagnée des félicitations de Madame Bail. A la sortie du cours, les réactions de ses camarades furent diverses. Certaines vinrent vers elle en lui disant: " Ma vieille, je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais la petite mère Bail t’a à la bonne !..." Michèle, ayant mal accepté que sa prestation eût été jugée médiocre, persifla : "Vraiment, Mademoiselle L., vous avez su trouver les accents d’une grande amoureuse romantique... On voit que vous exprimez là, des sentiments que vous avez réellement ressentis ! " Lulu et Suzette, ses deux vraies copines, lui dirent simplement:" Je préfère la manière dont tu dis les poèmes de Victor Hugo, à la lecture "ramollo et gnangnan" qu’en fait Madame Bail."

    Ce soir-là, Aline eut du mal à s’endormir. Elle était extrêmement troublée d’avoir été capable de faire pleurer une de ses camarades de classe pour laquelle elle n’avait jamais eu de sympathie particulière, et dont elle se moquait même parfois, depuis qu’elle avait découvert qu’elle se délectait de la lecture de Nous-Deux et Confidences. Elle s’interrogeait : "Est-ce que je peux tirer quelque gloire d’avoir réussi à faire pleurer Gisèle, elle qui y va aisément de sa petite larme en lisant des feuilletons à l’eau de rose ? "

    La réponse à cette question lui sembla cependant secondaire comparée à un mystère beaucoup plus important pour elle : " Si j’ai été capable d’exprimer des sentiments auxquels j’aspire, mais que je n’ai jamais éprouvés, c’est qu’il y a, peut-être en moi, l’étoffe d’une grande amoureuse..."

    Depuis ce jour, elle ne rêva plus que de rencontrer enfin un homme qui lui ferait découvrir les vertiges d’une passion aussi ardente que celle qui était traduite dans les vers de Victor Hugo, un homme qui saurait s’exprimer à la manière des "Romantiques" au programme cette année-là.

    Mais jamais aucun garçon ne lui avait manifesté le moindre intérêt, jamais aucun d’eux ne l’avait invitée à danser./ …/

     


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    " Au cœur de… " est une nouvelle rubrique au menu du café. L’idée est de rendre compte, sous forme de reportage, d’une expérience inédite et insolite dans le champ de la littérature : à travers les concours (nouvelles, roman, poésie…), du côté des salons, de l’édition, des libraires, des bouquinistes, dans les bibliothèques, les "Village du Livre", ou encore en classe avec les " lectures expliquées ", sur scène avec les " lectures théâtralisées "… Cette rubrique est ouverte et nous vous invitons - visiteurs, lecteurs, auteurs - à participer à cette aventure journalistique…

    Pour ce second numéro, Jean-Paul Lamy nous invite au Salon…

     

     

    Un salon du livre. Quelque part. Dans cette grande et belle salle, nous sommes… un certain nombre, vaguement poussifs car à peine sortis d’un restaurant (magnifiquement situé puisque ses baies immenses offrent à toute heure du jour une vue imprenable sur des Monet, des Dufy, des Othon Friesz). Nous attendons le chaland. Je suis là avec mon " Banc aux goélands ".

    (… Bon, rien de bien précis dans ce que je raconte là, me dira-t-on. La phrase d’introduction incontournable qu’on enseigne aux enfants, celle qui, en quelques mots, répond aux questions que le lecteur peut légitimement se poser - ces qui ? quand ? où ? pourquoi ? - Je l’ai traitée par le mépris, ça crève les yeux, et il se pourrait même fort bien que, aggravant mon cas, je continuasse.)

    Mais revenons à nos moutons… Les visiteurs ne vont disposer que d’une entrée et d’une sortie, ils devront donc suivre, dans le sens des aiguilles d’une montre, " la route des livres ", ce qu’ils feront très bien, conditionnés qu’ils ont été ailleurs, à suivre des routes balisées de façon si exhaustive qu’il leur était impossible de négliger un cru de Beaujolais, une bastide, un château de la Loire et, du côté du Berry, une Mare au Diable, une petite Fadette, un François le Champi.

    C’est l’heure d’ouverture. Les visiteurs ne se précipitent pas comme pour les soldes chez Harrod’s mais, ma foi, ils arrivent par gros paquets et ils ont d’autant plus de mérite qu’il fait beau…

    Au début du parcours du " combattant-voué-à-la-sauvegarde-des-belles-Lettres ", se trouve un auteur célébrissime : il doit détenir le record de France du nombre de livres publiés sous sa signature. Les jaloux prétendent qu’il ne les a pas tous lus, ce qui prouve

    1°) que la jalousie est proche parente de la méchanceté

    2°) qu’à l’impossible nul n’est tenu

    En tout cas, les moutons (de Ben-et-ton, sans doute, car ils portent des tenues aux jolies couleurs vives qui contrastent de plaisante façon avec les teintes d’un automne qui dit déjà bien son nom), les moutons, donc, ne voudraient pour rien au monde déroger à la règle : " Cet écrivain vend beaucoup de livres, alors achetons-lui son petit dernier "… Si j’excepte quelques rares fortes têtes ou quelques dangereux dissidents, les personnes que je verrai passer, moi qui vais m’installer quasi en fin de circuit, porteront l’" œuvre " sous le bras…

    En effet, la place qui m’a été attribuée se trouve à proximité de la sortie. Passer devant moi, c’est déjà apercevoir le salut, savoir que la délivrance est proche.

    " Non, Jeff, t’es pas tout seul ", chantait le Grand Jacques… Il y a des moments où l’on préfèrerait l’être. A ma droite, un auteur de polars, à ma gauche, une poétesse. " Pour des polars, me dis-je, les amateurs ne doivent pas manquer mais, pour fourguer des vers, aujourd’hui, il doit falloir être costaud " et ma blonde voisine me semble plutôt du genre gracile. Je vais vite comprendre qu’elle cache des atouts dans sa manche… enfin, quand je dis " dans sa manche "…

    Je constate rapidement que l’auteur de polars et la poétesse ont un point commun évident : ils savent (se) vendre. Même politique agressive : ils mettent d’autorité un livre entre les mains des chalands. Lui : " Tenez ! Ça n’engage à rien ; ce sont de belles histoires (il faut oser parler en ces termes de ses propres œuvres !), pour tous les âges, ça plaît à tout le monde (Diantre ! Je n’ai pas du tout envie de plaire à tout le monde, moi !), vous verrez…. " (habile, ce futur, cet indicatif, mode des certitudes : c’est comme si c’était déjà fait, on est à l’opposé d’un conditionnel défaitiste (" Si vous me l’achetiez, vous verriez que… "), donc "  vous verrez, c’est très original : des dialogues à la Audiard. " et, sans doute aussi, en prime, l’éblouissant sens de l’équilibre d’un funambule qui, sur son fil, irait, sans le moindre faux pas de " à la manière de " à " originalité ".

    Je dois me rendre à l’évidence : les gens achètent. Et n’oublions pas qu’au moment d’acquérir le polar plein de bons mots que n’aurait pas reniés Audiard, ils ont déjà, sous le bras, le livre du célébrissime auteur placé en début de circuit. Mettons-nous à leur place, ils n’ont pas un budget-livres extensible à volonté. Ils ne vont tout de même pas s’arrêter devant chaque auteur. Alors, ils sélectionnent et ils ricochent à la manière de ces galets que l’on jette dans l’eau selon une trajectoire tellement rasante qu’au lieu de se noyer tout de suite, ils vont rebondir une, deux, trois fois, et peut-être davantage encore…

    Il est extraordinaire de voir comme ces personnes sont douées pour juger un livre en quelques secondes. En passant : la couverture les persuade qu’il ne présente aucun intérêt, ou bien, c’est le titre qu’ils jugent stupide. Dans le meilleur des cas, ils lisent trois lignes de la préface de Gilles Perrault ou de la " quatrième de couverture " qui confirment pleinement leur intuition première.

    Mais, c’est là que tout le génie de ma voisine de gauche se révèle : leur ricochet est cueilli en plein vol : " Vous connaissiez la comédienne, découvrez la poétesse ! "

    Apparemment, je dois être le seul à qui son nom ne dit rien. Certes, elle a un physique plutôt avantageux, un minois charmant sans doute revu et corrigé par quelque chirurgien (je lui donne une trentaine d’années. Renseignements pris, elle en a vingt de plus. Un bon chirurgien, en somme).

    " Voici un recueil de mes poèmes… Il y a aussi des photos de moi à l’intérieur du livre… J’ai demandé à de grands photographes de lire mes poèmes, de s’en pénétrer et de faire ensuite des portraits de moi mais en s’efforçant de photographier mon âme. "

    Quoi de plus facile que de photographier une âme, effectivement ? (J’apprendrai par la suite que ces photos ont marqué de toute évidence un virage à 180° dans la carrière de cette charmante personne car, dans les films où elle est apparue, c’était plutôt l’image de ses fesses que l’on s’efforçait d’immortaliser par le truchement de la pellicule… Mais allez donc savoir où se loge une âme…

    " Je suis en train d ‘écrire une pièce de théâtre… J’ai deux télés, la semaine prochaine. Ardisson m’a invitée aussi mais je ne sais pas si j’irai : je n’aime pas ce qu’il fait. " Refuser d’aller chez Ardisson ! Les visiteurs restent sans voix : elle les préfère donc à Ardisson ! Ils demandent des autographes. Sur n’importe quel support. Mais le mieux est tout de même d’acheter le recueil de poèmes et d’avoir droit à une dédicace. La même pour tout le monde. Quand on tient une jolie formule…

    Quand elle n’est pas en train de remplir son tiroir-caisse, cette blonde personne bavarde quelque peu avec moi : elle me prête un exemplaire de son livre afin que je puisse me pénétrer, moi aussi, de son univers poétique. C’est alors que, me surprenant à compter sur mes doigts, elle me dit : " Non, non, ce ne sont pas des alexandrins "… A vrai dire, je m’en suis aperçu très vite mais ma vérification ne porte pas sur ce point : je cherche à déterminer quel vers, à défaut de l’alexandrin navrant de banalité, a été choisi. L’octosyllabique, peut-être, plus vif, plus primesautier, capable de plus d’insolence ? Eh bien, non : 8, 7, 9, 6… Peut-être des " pseudo octosyllabiques " dans l’esprit des " pseudo alexandrins " inventés par Alphonse Allais ? Je ne le saurai jamais… Il est ainsi des questions essentielles qui demeureront éternellement sans réponse...

    Une chose est certaine : elle vend, elle vend ses rimes (parce que ça rime), son âme, son joli sourire, sa pensée unique écrite sur la page de garde…

    Et moi, dans tout ça ? Moi, je ne sais pas placer autoritairement un livre entre les mains d’un acheteur potentiel pour qu’il devienne acheteur tout court, alors, je vends… quatre livres à des personnes qui ont raté leur ricochet… Une satisfaction : si les échanges avec les acheteurs sont rares, ils sont aussi très riches, très denses…

     

    Quelques semaines plus tard, je proposerai mon recueil de 23 nouvelles un samedi après-midi dans le hall du Grand Hôtel de Cabourg, là où un pianiste joue des mélodies délicieusement surannées, là où plane l’ombre souffreteuse de Proust… Ce sera pour moi un juste retour sur les lieux du crime car, même si, en écrivant ce livre, j’ai pris quelque plaisir à brouiller les pistes au moment de choisir les endroits où il convenait de situer les actions, je dois avouer qu’à plusieurs reprises, c’est de Cabourg qu’il est question et même, très précisément, dans l’une des nouvelles… de ce fameux Grand Hôtel…

    Là, les personnes qui s’arrêteront devant moi ne seront pas venues dans le but d’acheter un livre et… pourtant, en deux heures, mes ventes seront de 50% supérieures à celles réalisées lors du fameux salon du livre… Et là encore, les échanges seront riches…

    Et ma voisine de gauche ? Une certitude : quand elle parlait de " télés ", ce n’était pas vaine vantardise de sa part. Je la reverrai en effet sur le petit écran, elle y présentera son livre et expliquera que des photographes ont su saisir son âme… Ah ! Ces poètes ! Ça sublime tout !

    Jean-Paul Lamy


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    Après " A propos de… " crée la semaine dernière, une nouvelle rubrique voit le jour au menu du café : " Au cœur de… ". L’idée est de rendre compte, sous forme de reportage, d’une expérience inédite et insolite dans le champ de la littérature : à travers les concours (nouvelles, roman, poésie…), du côté des salons, de l’édition, des libraires, des bouquinistes, dans les bibliothèques, les "Village du Livre", ou encore en classe avec les " lectures expliquées ", sur scène avec les " lectures théâtralisées "… Cette rubrique est ouverte et nous vous invitons - visiteurs, lecteurs, auteurs - à participer à cette aventure journalistique…

    Pour ce premier numéro, Danielle Akakpo nous livre une épreuve de dédicaces plutôt décoiffante…

       

    J’arrive, tendue, l’estomac serré, je n’aime pas trop m’exposer. La table est prête, recouverte d’une nappe noire à dessins blancs. Bouteille d’eau, gobelet, comme si j’allais donner une conférence ! Manque juste la provision de livres. Évidemment, j’ai une demi-heure d’avance ! Je me présente au rayon livres, accueil chaleureux. Thierry, mon " contact ", pointe son nez, sourire aux lèvres, me conduit dans son bureau où nous devisons quelques instants. À 15 h, les dix exemplaires de Un Homme de Trôo sont disposés sur la table. Pourquoi dix ? Parce que c’est tout ce qu’il restait chez PLE éditions qui n’a pas eu le temps de rééditer, et parce que la FNAC a refusé de reporter une séance de dédicaces accordée depuis, disons un certain temps, à une chargée de com, licenciée ou partie de son plein gré sans l’intervalle, qui n’avait pas pris la peine de s’assurer que les bouquins seraient disponibles. Y a bien qu’à moi que ça arrive, ces choses-là ! Jusqu’à seize heures, calme plat. La famille, les amis, ça fait belle lurette qu’ils l’ont eu leur exemplaire dédicacé, ils ne vont pas encore se pointer pour prendre un bain de foule ! Quoi que, tout bien considéré, je ne vois pas passer grand monde dans le magasin : fin janvier, trop près des fêtes, fin de mois difficile, ou bien ils sont tous aux soldes de fringues ? Enfin, une élégante dame aux yeux un peu trop charbonneux à mon goût s’approche. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas vraiment le livre, c’est l’expérience de coécriture. Elle n’écrit pas, elle, elle peint, depuis toujours, et elle envisage de s’associer avec un ami sculpteur pour un projet artistique pas encore bien défini. Elle finit par la sortir la question qui la titille : peut-on être coauteurs sans que s’instaure une relation amoureuse ? Pour elle, la réponse est non, visiblement. Lorsque je lui explique que Jean-Noël et moi nous sommes rencontrés une seule fois et que nous ne correspondons que par mails, elle tombe de sa chaise, ou presque, de surprise (parce qu’elle s’est confortablement installée en face de moi !) Elle argumente, insiste lourdement, je campe sur mes positions, elle s’en va, sourire en coin, convaincue que je lui ai raconté des bobards, promettant de repasser. Désolée, Jean-Noël, nous sommes, pour la dame aux yeux de braise, les amants terribles qui ont mis au monde l’Homme de Trôo ! Elle est suivie de peu par un Stéphanois, exilé à Paris pour son boulot, qui regrette sa petite ville bien tranquille, qui taille un costard à tous les Parisiens qu’il déteste. J’en profite pour en tailler un à notre maire et nous nous rejoignons sur ce point : il faut que ça change aux prochaines municipales ! Après une demi-heure passée à me déverser ses états d’âme, il s’assure que je serai bien là jusqu’à sept heures, promet de revenir après être passé au distributeur. Il n’en a rien fait : j’espère qu’il s’est fait attaquer devant le distributeur, pire qu’il est passé sous un bus, bien fait ! Pour en revenir à l’accueil FNAC, c’est un vrai plaisir. Régulièrement, les vendeurs, le responsable de la séance de dédicaces passent me faire un petit coucou, me demandent comment ça va, si je veux un peu plus d’eau. J’aurais besoin de quelque chose de plus corsé, mais vous me voyez demander un doigt de whisky ? Un vendeur HIFI me conseille de me dégourdir les jambes et me montre le chemin des toilettes où je m’engouffre dans celles… des hommes ! Ma seule bonne résolution prise le 1er janvier 2008, être moins étourdie, ne tient décidément pas la route !

    Ce qui m’a frappée, cet après-midi-là, c’est l’impression de voir passer et repasser toujours les mêmes individus. Pour ça, j’ai l’œil : celui-là, serré dans son petit blouson de cuir, celle-là avec sa jupe à volants, ces deux amoureux scotchés l’un à l’autre, et tant d’autres, ils ont erré d’un rayon à l’autre, ils ont tourné en rond, de quatre à sept ou presque ! Ma foi, ils ont bien raison : ici, il fait chaud, on peut feuilleter des livres, écouter de la musique, regarder la télé, s’asseoir, tout ça sans dépenser un centime.

    Le sosie de Sim avec son bonnet enfoncé jusqu’aux yeux, ça faisait un moment que je l’avais repéré, qu’il rôdait autour de ma table. Il finit par se décider. Il m’a reconnue, il m’a acheté un livre sur la guerre d’Algérie à la fête du livre de Saint-Étienne. J’ai du mal à garder mon sérieux ! La guerre d’Algérie, non, ce n'était pas moi, pas plus que celle d’Indochine, de 39-40, du Golfe, Guerre et Paix non plus ! Bref, il écrit lui aussi, des chansons, musique et paroles. Par contre il fait une faute à chaque mot. Est-ce que je connais un remède ? Pas vraiment. Chez lui, c’est d’origine psychiatrique, me confie-t-il. Ben, pas seulement l’orthographe, mon ami, me dis-je ! Il embraie ensuite sur les Don Quichotte, les sans abri, les magasins de luxe, les sans papiers, revient aux grandes guerres, comme s’il les avait toutes faites. Je suis soulagée quand il me serre la main et se dirige vers la sortie.

    Je ne m’attarderai pas sur ceux qui passent leur chemin en lançant un regard condescendant, avec un sourire narquois qui sous-entend : " Encore une pauvre écrivaillonne qui essaie de vendre sa daube ! " Parce qu’il y a aussi les gentils qui disent bonjour, puis au revoir en s’en allant. Et les naïfs qui s’extasient : " Vous êtes de St Etienne ? Et vous avez écrit un livre ? Ça alors !" Ben oui, y en a un paquet de gens qui écrivent à St Etienne, y a pas que des gars en maillot vert qui tapent dans un ballon au stade Geoffroy Guichard. D’ailleurs, y en a-t-il seulement un seul de ces fouteux qui soit né à Sainté ?

    Les moments creux… l’horreur absolue ! Au début, je me suis demandé, riant intérieurement : " J’enlève le haut, j’enlève le bas ? J’aurais peut-être dû me faire une tête hérissée de mèches de toutes les couleurs, collées au gel ? "

    Après, j’ai hésité entre le :

    * Que diable suis-je venue faire dans cette galère ?

     *Mort aux cons ! (le titre du dernier bouquin que je viens de terminer, je ne vous le conseille pas spécialement.)

    * Ah ! si j’étais Michel Drücker ! " Là, je me suis imaginé la tête de mon homme allongé le soir aux côtés de l’indécrottable Monsieurvivementdimanche qu’il hait viscéralement, et j’ai pouffé !

    J’en ai quand même vendu quelques-uns, de ces Hommes de Trôo, je ne vous dirai pas combien, à des lecteurs qui avaient prêté attention au petit article-annonce dans le magazine de la FNAC. Des femmes, essentiellement, qui avaient eu un coup de cœur, souhaitaient en savoir un peu plus sur l’histoire. Ah ! le bonheur d’écrire un petit mot pour Mimounette, qui allait le recevoir en cadeau, pour Danièle ! Danièle, elle s’est arrêtée, les bras chargés de livres, elle l’a caressé, retourné dans tous les sens, le bouquin. Mais elle avait déjà beaucoup acheté, elle reviendrait. Et le mari s’est approché : " Mais prends-le donc, puisque tu en as envie, parce que la semaine prochaine, la dame, elle, elle va pas revenir pour te faire une jolie dédicace ! " Le regard qu’ils ont échangé, ce couple de quinquagénaires ! Y avait tant de soleil, tant d’amour au fond de leurs yeux… que ça m’a fait du bien.

    J’ai pensé aussi à quelques-uns et unes qui avaient promis de faire un tour, et ne sont pas venus ! Je me suis promis de ne plus leur adresser la parole, ou le mail ! Mais c’est déjà oublié, il y a plus important dans une vie qu’une séance de dédicaces. Je leur conserve toute mon amitié.

    Et puis, heureuse surprise, vers 18h, voilà que débarque un petit groupe d’ados du centre social de mon quartier, de ceux que je vais aider deux fois par semaine à faire leurs devoirs. Ils n’ont pas de fric, et quand ils en ont un peu, c’est pour recharger le téléphone portable, pour un baladeur, un CD, une BD. Mais ils sont venus, pour dire bonjour à m’dame, à celle qui leur ré explique les voies interrogative, négative, passive en anglais, qui donne un coup de main pour la rédac, l’explication de textes, qui pique un fou rire avec eux. Ils veulent même aller me chercher un café, un chocolat. Et ça, croyez-moi, ça m’a fait chaud au cœur.

    À dix-neuf heures, je rends mon tablier. Je récupère mon manteau dans le bureau de Thierry, on papote un moment en mangeant des petits gâteaux secs. Je reprends le tram, fatiguée, songeuse. Écrire, j’aime ça, c’est sûr, j’en ai besoin pour me sentir exister. Mais me mettre en vitrine, me vendre, c’est pas vraiment mon truc ! Vive le Net, vive le forum de Maux d’Auteurs, celui de À vos plumes, celui de Brooms, vive Calipso, Mot compte Double, tous ceux qui me font le plaisir d’héberger de temps à autre les délires de ma plume !

    Danielle Akakpo


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